Pat Benatar publiait In the Heat of the Night le 27 août 1979 aux États-Unis. Son premier album studio fête aujourd’hui ses 47 ans. Enregistré en quelques semaines en Californie, le disque change de producteur en cours de route et prend une direction décisive après la rencontre de la chanteuse avec Neil Giraldo, jusqu’au moment où « Heartbreaker » confirme que le projet a trouvé son équilibre.
En juin 1979, lorsque Pat Benatar entre aux MCA Whitney Studios de Glendale, en Californie, In the Heat of the Night n’a pas encore la trajectoire parfaitement rectiligne que pourrait suggérer un premier album achevé. Les séances, menées jusqu’en juillet, vont au contraire être marquées par une transition à la production et par une rencontre dont les effets dépasseront largement ce seul disque.
Mike Chapman supervise le début du travail. Il ne produira finalement qu’une partie des dix morceaux, Peter Coleman prenant en charge le reste de l’album. Cette répartition inhabituelle place le projet entre deux producteurs, mais Chapman conserve un rôle central dans son histoire : il comprend la direction recherchée par Pat Benatar et provoque son rapprochement avec Neil Giraldo.
Le disque se construit ainsi sur une période très courte, tout en intégrant plusieurs décisions déterminantes. Environ 38 minutes de musique sont enregistrées au cours de ces séances californiennes. Au milieu de cette fabrication resserrée, « Heartbreaker » devient le point de bascule dont Pat Benatar se souviendra lorsqu’elle racontera, bien plus tard, la naissance de l’album.
Le passage de Mike Chapman à Peter Coleman ne signifie pas que le premier disparaît du projet. Chapman reste crédité sur certains titres, tandis que Coleman assure la production du reste de In the Heat of the Night. Le premier album de Pat Benatar porte donc la trace concrète de deux approches de production réunies pendant les mêmes séances.
Chapman joue également un rôle de passeur. Pat Benatar résumera sa compréhension du projet par une formule très courte : « Il avait compris. » Ce constat éclaire sa place particulière dans la fabrication du disque : même lorsqu’il ne dirige plus l’ensemble des enregistrements, il contribue encore à faire émerger l’équipe qui va donner au projet sa direction.
C’est Mike Chapman qui présente Neil Giraldo à Pat Benatar. L’épisode ne prend pourtant pas la forme d’une audition préparée. D’après le souvenir rapporté en entretien, Giraldo vient simplement rencontrer la chanteuse. Cette nuance donne à la scène toute sa portée : une prise de contact sans protocole devient l’un des moments déterminants de la réalisation de l’album.
La rencontre influence le son de In the Heat of the Night et ouvre une collaboration appelée à se poursuivre au-delà de ce premier disque. Dans l’immédiat, elle permet surtout au projet de se préciser au studio. La combinaison formée autour de Benatar, Giraldo et Chapman trouve son expression la plus nette pendant l’enregistrement de « Heartbreaker ».
Pour Pat Benatar, « Heartbreaker » n’est pas seulement l’un des morceaux enregistrés à Glendale. Elle identifiera rétrospectivement cette séance comme l’instant où elle comprend que la bonne direction musicale a été trouvée. Son souvenir tient en quelques mots : « J’ai su qu’on l’avait. »
La scène de studio comporte un autre détail révélateur. Pendant l’enregistrement, Mike Chapman chante le morceau devant elle de façon théâtrale afin de lui en transmettre le ressenti. L’anecdote montre un producteur qui ne se contente pas d’une indication abstraite : il passe lui-même par l’interprétation pour communiquer ce qu’il attend.
« Heartbreaker » rassemble ainsi les principaux fils de la fabrication de l’album. Chapman y demeure actif, Giraldo participe à la direction désormais trouvée et Benatar reconnaît dans la séance le moment où le projet prend forme. Le titre ne devient un single qu’après la publication du disque, avec une sortie indiquée au 26 octobre 1979, mais son importance est déjà établie pendant les sessions.
Mike Chapman est également présent au cœur du titre même de l’album. « In the Heat of the Night » n’est pas une composition originale de Pat Benatar : il s’agit d’une reprise d’un morceau de Smokie écrit par Nicky Chinn et Chapman. Celui qui a lancé les séances et organisé la rencontre avec Giraldo appartient donc aussi à l’histoire de la chanson qui donne son nom au disque.
Ce choix relie directement le répertoire enregistré à l’un des artisans de sa production. Il évite aussi de réduire la contribution de Chapman à une simple première phase de travail interrompue par l’arrivée de Peter Coleman. Son empreinte demeure à plusieurs endroits : dans certains enregistrements qu’il produit, dans la rencontre qu’il organise et dans l’écriture du morceau-titre.
Chrysalis Records publie In the Heat of the Night aux États-Unis le 27 août 1979. La promotion du disque se déploie ensuite sur plusieurs mois. Après « Heartbreaker » à l’automne, « We Live for Love » est signalé comme single de suivi le 25 février 1980. L’exploitation de l’album se poursuit donc bien au-delà de sa sortie estivale.
Les données de synthèse disponibles indiquent que l’album atteint la 12e place du Billboard 200. Elles le présentent également comme certifié platine aux États-Unis, sans préciser la date de cette certification. Ces repères commerciaux prolongent l’histoire commencée quelques mois auparavant dans les studios de Glendale, lorsqu’un premier album encore en construction passait d’un producteur à l’autre.
La fabrication de In the Heat of the Night ne repose pas sur un seul geste fondateur. Elle se lit plutôt comme une succession de relais : Mike Chapman lance les séances, Peter Coleman prend en charge une grande partie du disque, Neil Giraldo entre dans le projet à la faveur d’une simple rencontre et « Heartbreaker » offre à Pat Benatar la confirmation qu’elle attendait.
Quarante-sept ans après sa sortie américaine, ce premier album conserve ainsi le récit très concret d’une direction trouvée en studio plutôt que fixée dès le départ. Derrière ses dix titres se dessine une courte période de juin et juillet 1979 durant laquelle une transition de production, une présentation informelle et une séance décisive ont fini par donner sa forme au projet.