Blind Melon fête aujourd’hui les 34 ans de son premier album éponyme. Né dans une maison de Durham puis enregistré à Seattle, le disque a attendu près d’un an avant que « No Rain » et sa célèbre Bee Girl ne bouleversent la trajectoire du groupe.
Lorsque Blind Melon paraît le 22 septembre 1992, son histoire est loin d’être terminée. Les sessions sont achevées depuis le printemps et le groupe a déjà bénéficié d’un premier élan médiatique grâce à ses concerts et à plusieurs apparitions télévisées. Pourtant, l’album reste relativement discret. Son basculement commercial ne viendra que l’année suivante, porté par une chanson que ses auteurs n’avaient jamais imaginée comme leur futur grand succès.
Avant Seattle et le studio, il y a Durham, en Caroline du Nord. Les membres de Blind Melon vivent et travaillent dans une maison qu’ils surnomment « Sleepyhouse ». Cette résidence devient un lieu décisif pour la formation du groupe : une partie du répertoire y est composée et les musiciens y construisent leur dynamique collective avant l’enregistrement du premier album.
Le souvenir de cette période entre directement dans le disque avec « Sleepyhouse ». Le titre ne désigne donc pas un décor imaginaire : il renvoie à la maison dans laquelle Blind Melon a préparé ses chansons et organisé son travail commun. Ce nom conserve ainsi la trace du lieu où le groupe a commencé à donner une forme cohérente à son répertoire.
Blind Melon rejoint ensuite les studios London Bridge de Seattle pour enregistrer avec Rick Parashar. Le producteur est alors associé à Ten de Pearl Jam ainsi qu’à l’album de Temple of the Dog. Le passage par London Bridge inscrit ce premier disque dans un cadre professionnel déjà lié à deux projets importants de la scène de Seattle, tout en prolongeant le travail amorcé dans la maison de Durham.
L’histoire de « No Rain » commence avant même la formation définitive de Blind Melon. La chanson est principalement écrite par le bassiste Brad Smith. Christopher Thorn se souviendra que Smith la jouait notamment en faisant la manche sur Venice Beach. Ce morceau passé par la rue est ensuite repris par le groupe, qui l’arrange collectivement pour l’intégrer à l’album.
Son texte trouve son point de départ dans la dépression d’une ancienne compagne de Brad Smith. Avec le recul, le bassiste expliquera toutefois que la chanson parlait également de lui. Cette dimension personnelle accompagne donc « No Rain » bien avant que le morceau ne devienne indissociable de Blind Melon aux yeux du grand public.
Rien, au sein du groupe, ne semble alors annoncer le destin du titre. « We never imagined that was going to be a single », racontera Christopher Thorn : « Nous n’avions jamais imaginé que cela deviendrait un single. » Cette surprise résume le paradoxe du premier album. Sa chanson la plus célèbre existait avant la configuration définitive de Blind Melon, avait été jouée sur Venice Beach, puis avait pris sa forme finale grâce au travail collectif des musiciens, sans être considérée comme un succès évident.
Le véritable changement intervient en 1993. Le clip de « No Rain », réalisé par Samuel Bayer, entre en forte rotation sur MTV. Au centre de la vidéo se trouve la « Bee Girl », interprétée par Heather DeLoach. Le personnage reprend l’idée visuelle de la photographie utilisée sur la pochette de l’album et devient rapidement l’image publique la plus durable de Blind Melon.
La rencontre entre la chanson et ce personnage donne au disque un second départ, près d’un an après sa publication. Blind Melon monte jusqu’à la troisième place du Billboard 200. Le succès tardif de « No Rain » contribue également à des ventes proches de quatre millions d’exemplaires, selon l’estimation rapportée par le Los Angeles Times.
Ce décalage distingue la trajectoire de l’album : Blind Melon avait déjà enregistré son répertoire, publié son disque et commencé à attirer l’attention avant que son titre le plus inattendu ne change d’échelle. L’album comme l’artiste figurent aujourd’hui dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Trente-quatre ans après sa sortie, le premier album de Blind Melon reste ainsi attaché à deux images très concrètes : une maison de Durham où le groupe a appris à travailler ensemble et une jeune fille costumée en abeille qui a offert une nouvelle vie à un disque déjà paru. Entre les deux, « No Rain » avait parcouru un chemin que ses propres auteurs n’avaient pas anticipé, de Venice Beach aux écrans de MTV.
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