Pour ses 68 ans, Joan Jett ou la reconquête rock menée après les Runaways

Joan Jett fête aujourd’hui ses 68 ans. Des Runaways aux Blackhearts, la chanteuse et guitariste a transformé la dissolution de son premier groupe en une conquête d’indépendance, jusqu’à imposer sa propre structure et une reprise devenue indissociable de son nom.

Avant les Blackhearts, avant le succès massif d’I Love Rock ’n’ Roll, il y a une adolescente propulsée très tôt dans le circuit des studios et des tournées. Née Joan Marie Larkin à Wynnewood, dans la banlieue de Philadelphie, Joan Jett part vivre avec sa famille à Los Angeles vers l’âge de 12 ans. Ce déplacement la rapproche de la scène rock californienne des années 1970 et prépare une entrée précoce dans un univers encore largement dominé par les hommes.

Son premier grand chapitre s’écrit avec The Runaways, groupe entièrement féminin de punk et de glam rock formé au milieu de cette décennie sous l’impulsion du producteur Kim Fowley. Joan Jett n’a pas encore 20 ans lorsqu’elle découvre le rythme professionnel des enregistrements et des concerts. Avec son jeu de guitare direct, son allure tomboy et punk et une approche volontairement brute du rock, elle affirme déjà une présence qui ne répond guère aux représentations féminines les plus conventionnelles de l’époque.

La fin des Runaways ouvre un nouveau combat

The Runaways obtient une importante visibilité internationale, mais l’aventure s’arrête à la fin des années 1970. Pour Joan Jett, cette dissolution ne débouche pas sur un simple changement de groupe : elle l’oblige à redéfinir sa place et à devenir la cheffe de son propre projet. La musicienne fonde Joan Jett and the Blackhearts, tout en se heurtant au refus initial de plusieurs maisons de disques.

Sa réponse consiste à prendre elle-même le contrôle de la diffusion de sa musique. Avec la création de Blackheart Records, Joan Jett se dote d’une structure indépendante capable de publier ses disques malgré ces refus. Cette décision donne une dimension très concrète à sa réputation d’insoumise : l’indépendance n’est pas seulement une posture scénique ou le sujet d’une chanson, mais une organisation pensée pour poursuivre sa carrière sans attendre l’approbation de l’industrie.

Le morceau Bad Reputation condense cette image de musicienne déterminée à ne pas se conformer aux attentes. Son titre accompagne symboliquement une trajectoire construite contre les résistances, avec des chansons tendues autour d’une guitare énergique et d’une économie de moyens revendiquée. Joan Jett et les Blackhearts figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.

Une reprise en deux temps devient son plus grand succès

L’histoire d’I Love Rock ’n’ Roll commence pourtant loin des Blackhearts. La chanson est écrite par Alan Merrill et Jake Hooker pour le groupe britannique The Arrows, qui l’enregistre en 1975. Merrill dira avoir immédiatement perçu le potentiel du refrain : « I had the chorus, which to me sounded like a hit. » Joan Jett s’empare une première fois du titre en 1979, avec des membres des Sex Pistols.

Elle le réenregistre en 1981 avec les Blackhearts. Cette nouvelle version atteint la première place au début des années 1980 et fait basculer Joan Jett vers une notoriété grand public. La chanson, bâtie autour d’un refrain immédiatement identifiable, finit par définir son image de rockeuse bien au-delà du public qui l’avait connue avec The Runaways.

Ce succès révèle aussi une facette essentielle de son travail : sa capacité à reprendre une chanson existante et à la ramener vers son propre langage, plus dur et électrique. Crimson and Clover devient à son tour un succès notable au début des années 1980. Entre ces reprises et ses propres morceaux, Joan Jett développe une signature fondée sur l’impact, l’énergie et une écriture rock sans ornements superflus.

De cheffe de groupe à productrice

Le contrôle gagné avec Blackheart Records ne se limite pas à ses propres enregistrements. Joan Jett travaille aussi comme productrice et accompagne notamment Bikini Kill et L7, deux groupes associés à la mouvance Riot Grrrl. Son parcours prend alors une autre portée : l’ancienne adolescente des Runaways utilise la structure qu’elle a bâtie pour soutenir des formations féminines apparues après elle.

Les surnoms médiatiques de « Godmother of Punk » et de « Queen of Rock and Roll » résument cette place particulière, sans constituer des titres officiels. Une reconnaissance institutionnelle arrive en 2015, lorsque Joan Jett and the Blackhearts sont intronisés au Rock and Roll Hall of Fame. À Philadelphie, le Walk of Fame de la Philadelphia Music Alliance rappelle également l’ancrage de la musicienne dans sa région natale.

Son actualité récente impose toutefois une pause. À l’été 2026, Joan Jett a subi une chirurgie orthopédique à la suite d’une fracture vertébrale. Plusieurs concerts prévus en septembre à Costa Mesa, en Californie, et à Louisville, dans le Kentucky, ont été annulés pendant sa convalescence. Aucun calendrier de reprise ne peut être avancé au-delà de ces annulations confirmées.

À 68 ans, son histoire reste ainsi liée à une décision prise après la disparition des Runaways : ne pas attendre qu’une place lui soit accordée. De la création des Blackhearts à celle de Blackheart Records, Joan Jett a répondu aux refus en construisant l’outil qui lui manquait, avant de transformer une chanson des Arrows en numéro un et en signature durable.

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