Le 27 août 2010, The Pretty Reckless lançait Light Me Up en Irlande et en Australie, premières étapes de sa sortie internationale. Seize ans plus tard, ce premier album raconte le passage de Taylor Momsen, alors principalement connue pour Gossip Girl, à la tête d’un groupe construit autour de sa rencontre avec le guitariste Ben Phillips et le producteur Kato Khandwala.
Avant que Light Me Up ne porte le nom de The Pretty Reckless sur les radios et les scènes, le projet prend forme autour de trois personnes. Entre 2008 et 2009, Taylor Momsen rencontre Kato Khandwala et Ben Phillips. Le premier va diriger l’enregistrement ; le second devient son principal partenaire de composition. Pour Momsen, encore associée à son rôle dans Gossip Girl, ce travail doit permettre de se présenter comme la chanteuse et l’autrice d’un véritable groupe de rock.
La naissance de l’album ne repose pas sur une collection de chansons confiées par un label. Taylor Momsen et Ben Phillips cosignent la majorité du répertoire, selon une répartition qui s’installe au cœur du projet : Phillips apporte l’essentiel des guitares et des structures musicales, tandis que Momsen travaille les textes et les mélodies vocales. La chanteuse résumera plus tard leur méthode en une phrase : « Ben et moi écrivons les chansons. »
Cette association fournit à The Pretty Reckless un noyau créatif resserré. Kato Khandwala complète le dispositif en intervenant à la fois comme producteur et, notamment sur « Make Me Wanna Die », comme participant à l’écriture. Au lieu de bâtir le disque autour de la seule notoriété de Momsen, le trio développe progressivement un répertoire et une méthode de studio.
Autour d’eux, Mark Damon et Jamie Perkins participent à la formation qui travaille sur l’album. Le projet prend ainsi les contours d’un groupe, alors même que l’attention médiatique reste largement concentrée sur sa chanteuse et sur son parcours à la télévision.
L’enregistrement se déroule principalement d’août 2009 à avril 2010 au House of Loud Studios, dans le New Jersey. Ces longues sessions permettent à Kato Khandwala de chercher avec le groupe un son situé entre hard rock et influences grunge. La production privilégie des guitares saturées et des batteries mises en avant, tout en conservant des arrangements plus pop sur certaines ballades.
Ce travail prolongé donne une fonction précise à chacun. Ben Phillips construit les bases instrumentales et les guitares ; Taylor Momsen développe les lignes vocales et les paroles ; Khandwala organise l’ensemble en studio. Pour un groupe encore nouveau et porté par une personnalité déjà très exposée, la production devient l’un des moyens de faire entendre un projet collectif plutôt qu’un simple prolongement de la carrière d’actrice de sa chanteuse.
À sa sortie, ce contraste attire d’ailleurs l’attention de la presse spécialisée. Plusieurs critiques relèvent l’écart entre l’image médiatique de Momsen et l’orientation très rock, parfois hard, du disque. Elles notent également la présence de morceaux plus mélodiques au milieu des titres les plus agressifs.
Parmi les premiers titres élaborés pendant les sessions figure « Make Me Wanna Die ». Écrite par Taylor Momsen et Ben Phillips avec la participation de Kato Khandwala, la chanson associe un riff de guitare heavy à un refrain très mélodique. Elle est ensuite peaufinée avec une production dense, pensée pour installer immédiatement l’orientation rock de The Pretty Reckless.
Le choix éditorial est clair : « Make Me Wanna Die » devient le premier single et paraît au printemps 2010, plusieurs mois avant l’album. Le morceau commence ainsi à circuler sur les radios rock et dans des bandes originales alors que Light Me Up n’est pas encore disponible dans son intégralité. Il sert de première présentation au groupe et prépare le lancement international du disque.
L’album ne se limite pourtant pas à cette entrée frontale. « Just Tonight » est conçue comme une ballade rock dramatique centrée sur la voix de Momsen. Son arrangement plus spacieux et ses guitares moins saturées introduisent une facette plus vulnérable, sans abandonner la tension présente dans les paroles.
« You » pousse plus loin ce dépouillement. Construite autour d’une guitare relativement sobre et de la voix de Taylor Momsen, la chanson se distingue des productions les plus denses de Light Me Up. Kato Khandwala y conserve des arrangements plus pop, adaptés au format intime du morceau.
À l’autre extrémité du disque, « Nothing Left to Lose » occupe une place de conclusion. Sur un tempo plus mesuré, ses couplets calmes conduisent à une montée en puissance finale. La chanson rassemble plusieurs thèmes développés au fil de l’album, parmi lesquels la désillusion, le rejet et la détermination.
Ces variations éclairent la méthode du duo Momsen-Phillips. Les structures de guitare ne sont pas traitées comme un cadre uniforme : elles peuvent soutenir la production dense de « Make Me Wanna Die », s’effacer davantage sur « You » ou ménager l’espace vocal de « Just Tonight ». Le fil conducteur reste le même tandem d’écriture, encadré en studio par Khandwala.
Le visuel choisi pour Light Me Up montre en gros plan une petite fille allumant un briquet. L’image joue volontairement sur le rapprochement entre l’enfance, le feu et le titre de l’album. Elle suscite rapidement des commentaires, notamment en raison de l’âge encore très jeune de Taylor Momsen au moment de la sortie.
La combinaison est jugée suffisamment provocatrice pour que certains pays emploient des présentations légèrement différentes dans leur matériel promotionnel. La pochette prolonge ainsi, sur le plan visuel, le décalage qui accompagne le lancement du groupe : une figure adolescente déjà connue du grand public, mais placée ici dans un projet aux références rock nettement affirmées.
La chronologie de publication de Light Me Up est moins simple qu’une date mondiale unique. Le 27 août 2010 correspond aux premières sorties commerciales documentées en Irlande et en Australie, via Universal et Interscope. Le lancement se poursuit dans d’autres territoires européens à la fin du mois d’août et au début de septembre. En France, l’album n’arrive que le 6 décembre 2010.
Le décalage est encore plus marqué aux États-Unis, où la publication officielle intervient en 2011, notamment sous forme numérique. Certains auditeurs américains découvrent donc auparavant l’album par des importations ou des éditions numériques étrangères. Le groupe a déjà commencé son parcours international lorsque le disque devient pleinement disponible sur son marché d’origine.
Light Me Up atteint le Top 10 des albums au Royaume-Uni et obtient plusieurs certifications en Europe. Dans les années qui suivent, The Pretty Reckless multiplie les concerts, y compris en première partie de Guns N’ Roses, Evanescence et Marilyn Manson. Ces tournées prolongent la trajectoire amorcée par le premier album et exposent largement ses chansons.
Seize ans après sa première sortie, Light Me Up apparaît avant tout comme le résultat d’une transition organisée dans la durée. Le passage de Taylor Momsen du petit écran au rôle de frontwoman ne repose pas uniquement sur un changement d’image : il s’appuie sur huit mois de studio, un tandem d’écriture avec Ben Phillips et la direction constante de Kato Khandwala.
De « Make Me Wanna Die », envoyée plusieurs mois en amont, aux ballades « Just Tonight » et « You », le disque montre comment The Pretty Reckless a construit sa première identité chanson après chanson. Son lancement fragmenté entre l’Europe, la France et les États-Unis raconte aussi un début de carrière inhabituel : celui d’un groupe américain dont le premier album a d’abord trouvé son espace à l’international.