The Stranglers : Dreamtime, l’album repris après un renvoi du studio

Dreamtime fête aujourd’hui ses 40 ans. Avant de devenir le neuvième album studio des Stranglers, le disque a connu un départ brutal : le producteur Laurie Latham a interrompu les premières séances, jugeant les chansons insuffisamment préparées.

Au milieu des séances de Dreamtime, les Stranglers se retrouvent face à une décision peu ordinaire : leur producteur met fin au travail et les renvoie du studio. Laurie Latham connaît pourtant déjà le groupe, puisqu’il a produit l’album précédent, Aural Sculpture. Cette fois, il estime que les nouveaux morceaux ne sont pas prêts à être enregistrés.

Hugh Cornwell a raconté cet épisode près de quatre décennies plus tard en reprenant les mots attribués à Latham : « You ain’t ready. This isn’t cutting the quick. This isn’t cutting the ice. » Le verdict ne porte pas sur un détail technique ou sur une seule chanson. Il remet en cause l’état même du projet et oblige le groupe à reprendre ses compositions avant de pouvoir terminer l’album.

Un producteur arrête les séances

Ce refus constitue le véritable point de bascule de Dreamtime. Latham ne se contente pas de demander quelques corrections pendant l’enregistrement : il interrompt les séances. Pour un groupe qui prépare alors son neuvième album studio, l’épisode impose un retour en arrière. Les Stranglers retravaillent leurs morceaux au lieu de poursuivre immédiatement la production engagée.

Le groupe ne reprend finalement pas le projet avec Latham. Mike Kemp intervient pour la suite du travail et partage le crédit de production avec les Stranglers. Le changement ne représente donc pas une simple alternance de noms au générique : il découle directement du coup d’arrêt initial et accompagne la reprise en main de l’album par ses musiciens.

Dans le souvenir de Cornwell, le déroulement tient en trois mouvements particulièrement nets : Latham les renvoie, les chansons sont retravaillées, puis le groupe achève lui-même le disque. Cette séquence donne à Dreamtime une histoire de fabrication singulière, fondée moins sur la continuité que sur une remise en chantier imposée en plein processus.

Des cuivres et une batterie programmée

La version achevée de Dreamtime porte le crédit conjoint des Stranglers et de Mike Kemp. Elle se distingue notamment par l’emploi d’une section de cuivres composée de trois musiciens. Jet Black intervient également au moyen de parties de batterie programmées, un élément précis du travail réalisé pour cet album.

Ces choix prennent place dans un disque dont la genèse avait commencé sous une autre direction. Ils témoignent du résultat concret obtenu après l’arrêt des premières séances : les Stranglers ne se sont pas contentés de reprendre l’enregistrement là où il avait été abandonné, mais ont mené le projet à son terme dans une nouvelle configuration de production.

Parmi les morceaux de l’album, Always the Sun est celui qui obtient le classement le plus visible en single au Royaume-Uni, avec une 30e place. Dreamtime atteint pour sa part la 16e position du classement britannique des albums. Ce résultat est souvent présenté comme le plus faible obtenu par un album studio du groupe pendant la période où Hugh Cornwell en faisait partie, malgré l’exposition acquise par Always the Sun.

Quarante ans plus tard, Dreamtime et les Stranglers figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. L’histoire du disque reste indissociable de ce moment où un producteur a estimé qu’entrer en studio ne suffisait pas : encore fallait-il que les chansons soient prêtes.

Nice in Nice, retour sur une émeute

Une autre histoire du groupe traverse directement l’album. Nice in Nice revient sur les événements survenus à Nice en 1980, lorsqu’une émeute avait conduit les Stranglers en prison pendant quelques semaines. La chanson transforme ainsi un épisode mouvementé de leur parcours en matière pour Dreamtime, six ans après les faits.

Ce rattachement à un événement précis distingue Nice in Nice au sein du disque. Il ne s’agit pas seulement d’un titre évoquant une ville : le morceau renvoie à une confrontation réellement vécue par les musiciens et à ses conséquences immédiates. Dans un album marqué par une reprise difficile du travail en studio, cette chanson ajoute un autre pan de l’histoire collective des Stranglers.

Dreamtime paraît finalement le 27 octobre 1986. Son parcours ne peut être réduit à ses positions dans les classements : sa naissance raconte surtout un groupe contraint d’accepter un jugement sévère, de retourner travailler ses chansons puis de changer de partenaire pour achever le disque. Quarante ans après, la phrase rapportée par Hugh Cornwell demeure l’image la plus saisissante de cette fabrication : avant l’album, il y eut un producteur prêt à tout arrêter.

Sources et pour aller plus loin

L’interview de Hugh Cornwell publiée par The Rockpit apporte son témoignage direct sur l’interruption des premières séances, le jugement de Laurie Latham et la reprise du projet. La fiche éditoriale de Dreamtime sur AllMusic complète cette histoire avec le parcours de l’album et le contexte de Nice in Nice.

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Fiche de l'album

Album : Dreamtime

Artiste : The Stranglers

Anniversaire : 40 ans

Date de sortie : 27 octobre 1986

À retenir : Laurie Latham a interrompu les premières séances