À 27 ans, Abigail Morris : la ballade au piano qui a propulsé The Last Dinner Party

Abigail Morris fête aujourd’hui ses 27 ans. Avec The Last Dinner Party, la chanteuse et autrice-compositrice a fait de chansons d’abord écrites au piano une matière collective, jusqu’à transformer l’inachevée Nothing Matters en premier grand tournant du groupe.

Avant les cuivres, les concerts et l’attention suscitée par The Last Dinner Party, il y avait une ballade acoustique, sombre et encore inachevée. Abigail Morris avait écrit Nothing Matters au piano. Le groupe allait ensuite reprendre cette première forme et lui donner une tout autre ampleur, comme un résumé de sa méthode de travail : une impulsion individuelle, puis une métamorphose collective.

Cette chanson n’est pourtant pas née d’un projet fabriqué autour d’un premier single. Morris écrivait déjà et souhaitait former un groupe avant de rencontrer Georgia Davies et Lizzie Mayland à l’université. Toutes trois commencent rapidement à composer, répéter et jouer. Plutôt que de publier immédiatement leur musique, elles choisissent de construire The Last Dinner Party sur scène, par les concerts, l’identité visuelle et les vidéos live.

Des chansons déjà écrites, un groupe pour les agrandir

Une grande partie du premier album prend racine dans des démos composées par Abigail Morris au piano. Les paroles et la structure y sont souvent déjà largement définies. Le travail des autres musiciennes ne consiste cependant pas à simplement exécuter ce matériau : les arrangements sont développés, enrichis et remodelés pendant leurs années universitaires.

Cette répartition donne une place centrale à l’écriture de Morris sans effacer le rôle du collectif. Elle apporte le squelette de nombreuses chansons ; The Last Dinner Party en construit les volumes, les couleurs et l’énergie. Même en studio, le processus peut bifurquer. Un morceau du premier album est ainsi apparu alors que le groupe travaillait initialement sur ce qui devait être une aria ou un interlude, au cours d’une froide et sombre soirée d’automne.

Le passage aux Church Studios avec James Ford constitue une autre étape décisive. Morris retient notamment la capacité du producteur à comprendre rapidement l’identité musicale du groupe. Les séances permettent aussi d’expérimenter autour de l’énergie du jeu en concert, celle-là même que The Last Dinner Party avait placée au cœur de son développement avant toute sortie officielle.

Nothing Matters, de la retenue à l’affirmation

La trajectoire de Nothing Matters concentre cette manière de créer. À l’origine, la chanson est une ballade acoustique écrite au piano, sombre et émotionnelle. Abigail Morris la relie à une relation ainsi qu’à un sentiment de dévotion et de passion. Une fois reprise par le groupe, elle devient un morceau ample, soutenu notamment par les cuivres.

La transformation ne concerne pas seulement l’arrangement. The Last Dinner Party voulait exprimer quelque chose de frontal, sans cacher ni adoucir le propos. La chanson d’amour ne devait être ni discrète ni convenue. Ce choix donne au morceau sa fonction de déclaration : après plus d’un an de travail et de concerts, Nothing Matters devient le premier grand tournant public du groupe.

Le titre révèle aussi le contraste qui anime l’écriture de Morris. Le point de départ peut être intime et dépouillé, mais il n’est pas destiné à rester enfermé dans la démo. Dès que les musiciennes s’en emparent, la chanson change d’échelle. Les titres de The Last Dinner Party, dont Nothing Matters, figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.

Ne pas refaire deux fois le même disque

Après le premier album et les tournées, la méthode évolue. Morris a expliqué combien la vie sur la route pouvait être riche tout en compliquant le temps nécessaire pour s’asseoir et écrire. Le retour à un espace consacré au studio et à la composition répond donc à un besoin concret, mais il ne marque pas une rupture nette entre deux périodes.

L’écriture du deuxième album s’est au contraire poursuivie sans véritable interruption. Environ dix-huit mois séparent les deux disques, sans moment solennel où le groupe aurait décidé qu’il était désormais temps de commencer « l’album deux ». Cette continuité n’empêche pas une modification du processus : les musiciennes accordent davantage de place aux jams, aux idées apportées collectivement et à de nouvelles manières de bâtir les morceaux.

Produit avec Markus Dravs, From the Pyre est sorti en octobre 2025. Sa fabrication en studio a été pensée autour du rock classique et de l’émotion, mais surtout comme une nouvelle étape dans la dynamique interne du groupe. Là où les premières chansons provenaient majoritairement de démos déjà très structurées par Morris, ce deuxième disque ouvre davantage la composition à l’échange dès son point de départ.

À 27 ans, Abigail Morris apparaît ainsi moins comme une chanteuse placée devant un décor que comme l’une des forces d’écriture de The Last Dinner Party. Son parcours au sein du groupe tient dans ce mouvement précis : écrire seule au piano, confier la chanson aux autres, puis accepter qu’elle revienne transformée. Nothing Matters, passée d’une ballade inachevée à un morceau ample et cuivré, en reste l’exemple le plus direct.

Sources et pour aller plus loin

L’entretien d’Abigail Morris et Emily Roberts avec The Current éclaire la naissance universitaire du groupe, le désir initial de Morris de former un projet et le rôle des démos au piano dans l’écriture du premier album.

L’entretien accordé par The Last Dinner Party à LeftLion revient plus précisément sur la première version de Nothing Matters et sur sa transformation par le groupe.

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