U2 signe son retour surprise avec un EP profondément spirituel et intimiste, Easter Lily, sorti ce Vendredi saint, deuxième maxi en moins de deux mois avant le prochain album attendu pour la fin 2026.
Publié dans la nuit du 2 au 3 avril 2026, Easter Lily est un EP de six titres disponible immédiatement en streaming et en téléchargement. Il arrive moins de deux mois après Days of Ash, sorti le 18 février, jour du Mercredi des Cendres, première collection inédite de U2 depuis Songs of Experience en 2017. Comme son prédécesseur, ce nouveau maxi est accompagné d’une édition spéciale du eâzine Propaganda, le magazine officiel du groupe, qui livre notes de pochettes, photos studio et textes inédits des quatre membres. Bono a précisé dans un message aux fans que ces sorties ne retarderaient pas l’arrivée du prochain album, promis avec plus de « hoopla and fanfare » dans les mois à venir.
L’EP aligne six morceaux studio, produits par Jacknife Lee, qui renouent avec le format resserré et conceptuel cher au groupe. La tracklist est la suivante : Song for Hal, In A Life, Scars, Resurrection Song, Easter Parade et COEXIST (I Will Bless The Lord At All Times?), ce dernier titre intégrant un soundscape signé Brian Eno. Les durées, toutes entre quatre et presque sept minutes, laissent le temps aux climats de s’installer, avec un final en apesanteur sur COEXIST qui dépasse les six minutes quarante. On reste dans un ADN U2 très identifiable : guitares mélodiques de The Edge, section rythmique ample d’Adam Clayton et Larry Mullen Jr., et une voix de Bono qui privilégie l’émotion à la démonstration.
Contrairement à Days of Ash, pensé comme une réaction directe aux chaos du monde, Easter Lily vient d’un endroit plus intime, presque cloîtré, où l’on se replie pour faire le point. Song for Hal ouvre l’EP comme une élégie de confinement, chantée en lead par The Edge, en hommage au producteur et ami Hal Willner, disparu pendant le Covid et qui aurait fêté ses 70 ans ce lundi de Pâques. In A Life prend le contre-pied en célébrant l’amitié et ces liens discrets qui nous tiennent debout quand tout chancelle. Scars fonctionne comme une ballade d’encouragement et d’acceptation de soi, « cicatrices » comprises, portée par un refrain qui a déjà été salué comme un futur hymne de stade par la presse angloâsaxonne.
Au cœur du disque, Resurrection Song est décrite par le groupe comme une chanson de pèlerinage, une sorte de roadâmovie intérieur à deux, entre doute et désir de recommencer autrement. Easter Parade joue la carte du dévotionnel, célébrant la nouvelle vie et la résurrection, avec une montée progressive et un final quasi liturgique, ponctué d’invocations façon « Kyrie eleison » selon les notes de Propaganda. Enfin, COEXIST (I Will Bless The Lord At All Times?) se présente comme une berceuse adressée aux parents d’enfants pris dans la guerre, portée par un paysage sonore de Brian Eno qui fait écho au travail ambient réalisé avec U2 depuis les années 80.
En articulant Days of Ash autour du Mercredi des Cendres et Easter Lily autour du Vendredi saint, U2 assume une structure quasi liturgique qui renvoie aux racines spirituelles du groupe. Là où le premier EP se tournait vers les violences du monde (de Minneapolis à l’Iran et la Palestine), Easter Lily choisit le retrait, la contemplation, et parle de foi, d’art, de sens, de mortalité et de possible rebond. L’Irish Times décrit d’ailleurs l’ensemble comme un « disque honnête et en quête, presque cool », soulignant cette tension permanente entre questionnement existentiel et recherche de beauté. Bono luiâmême insiste : ce projet est d’abord « entre vous et nous », une correspondance directe avec les fans, loin de la machine promotionnelle habituelle.
Cette dualité intérieur/extérieur s’incarne aussi dans le packaging numérique : Propaganda – Easter Lily propose les notes de pochette signées The Edge, un texte d’Adam Clayton sur l’art et le chemin de la guérison, un entretien de Bono avec le franciscain Richard Rohr autour de la spiritualité contemporaine, et un carnet photo de Larry en studio. U2 fait ainsi de l’EP un objet éditorial complet, à la frontière entre disque concept, livre de méditations et fanzine deluxe.