Le 8 juin 1985, The Style Council publiait au Royaume-Uni Our Favourite Shop, son deuxième album studio. Quarante et un ans plus tard, ce disque raconte le moment où le projet de Paul Weller et Mick Talbot, jusque-là organisé comme un collectif souple, adopte une méthode plus structurée, fondée sur une longue préparation et des choix d’arrangements précis.
Paru chez Polydor environ dix mois après Café Bleu, l’album ne repose pas sur une simple accélération du calendrier. Démonstrations, nouvelles versions, répétitions et sélection des morceaux précèdent des séances menées en grande partie au studio Solid Bond, à Londres. Cette organisation accompagne aussi la stabilisation de la formation autour de Weller et Talbot.
Une année pour préciser les chansons et les arrangements
Paul Weller insiste alors sur la différence de méthode entre les deux premiers albums de The Style Council. « Nous avons passé beaucoup plus de temps à préparer », explique le chanteur, auteur et coproducteur dans un entretien publié en juin 1985 par Muzines.
Cette préparation passe par des démos, des redémos et un travail de tri destiné à fixer le son et les arrangements avant leur enregistrement définitif. Weller résume cette évolution en quelques mots : « C’est plus structuré. » Le propos éclaire autant la fabrication du disque que la transformation du groupe depuis Café Bleu.
Autour de Paul Weller et Mick Talbot, une formation plus stable se dessine avec Steve White, Dee C. Lee, Camille Hinds et Helen Turner. Cette configuration apparaît dans les séances comme dans l’architecture des singles associés à l’album. Elle donne à Our Favourite Shop un cadre collectif plus défini que celui de son prédécesseur, une évolution également relevée dans plusieurs regards rétrospectifs consacrés au disque.
Au studio Solid Bond, deux méthodes complémentaires
L’essentiel de Our Favourite Shop est enregistré entre décembre 1984 et mars 1985 au studio Solid Bond, à Londres. Paul Weller partage la production avec Peter Wilson, tandis que Mick Talbot intervient fréquemment dans les aspects techniques ainsi que dans les arrangements de cuivres et de claviers.
Les séances ne suivent pourtant pas une recette unique. Certains morceaux sont répétés comme ils le seraient avant une interprétation en concert, avant d’être captés presque tels quels. D’autres prennent forme par ajouts successifs d’instruments, chaque couche venant compléter une construction déjà largement préparée.
Cette alternance permet de comprendre la logique du projet. La structure mise en place en amont ne ferme pas la porte à une prise directe lorsque le morceau s’y prête. Elle sert plutôt à déterminer, chanson par chanson, la manière la plus adaptée de passer de la maquette à la version retenue pour l’album.
« Walls Come Tumbling Down! », capté presque en direct
« Walls Come Tumbling Down! » illustre le versant le plus immédiat de cette méthode. Le titre est enregistré presque entièrement en prise live au studio Solid Bond. Il devient aussi la chanson chargée d’annoncer le futur album, avec une sortie en single en mai 1985.
Sa promotion conduit The Style Council jusqu’à Varsovie, en Pologne, où Tim Pope réalise le clip. Cette séquence relie directement la préparation en studio à la mise en circulation du disque : un morceau joué dans des conditions proches du concert devient le premier signal public de l’album britannique à venir.
« Walls Come Tumbling Down! » n’est toutefois pas le seul titre à avoir précédé Our Favourite Shop. « Shout to the Top! » était déjà sorti en single en octobre 1984. Sa trajectoire se prolonge au-delà de cette première publication et joue un rôle décisif dans la manière dont l’album sera adapté aux États-Unis.
Un album différent pour le marché américain
La version nord-américaine ne reprend ni le titre ni la présentation de l’édition britannique. Elle paraît chez Geffen sous le nom Internationalists, avec une autre pochette et un ordre des morceaux remanié.
La différence la plus significative concerne les chansons elles-mêmes. « Our Favourite Shop », qui donne son nom à l’album britannique, disparaît de cette programmation américaine. Elle est remplacée par « Shout to the Top! », déjà connue comme single depuis l’automne précédent.
Ce changement ne constitue donc pas un simple ajustement graphique. Il modifie le point d’entrée dans le projet et donne davantage de place, aux États-Unis, à un titre qui circulait avant l’achèvement de l’album. À l’inverse, la chanson « Our Favourite Shop » devient un marqueur propre à la conception britannique du disque.
D’autres morceaux prolongent la diffusion de cette période, notamment « Come to Milton Keynes » et « The Lodgers ». Leur présence parmi les chansons et singles associés à l’album montre que la sortie ne s’est pas limitée aux deux titres qui avaient ouvert sa chronologie.
Des objets personnels composent la pochette britannique
La couverture de Our Favourite Shop est fabriquée avec le même souci d’assemblage que les chansons. La séance se déroule un dimanche après-midi du printemps 1985 aux Bow Street Studios, dans le quartier londonien de Covent Garden. Simon Halfon, chargé du design, est cité comme celui qui a repéré le photographe Olly Ball.
Une partie des objets disposés dans le décor appartient à Paul Weller et Mick Talbot. D’autres éléments sont apportés par la styliste Fran Crawley, avant d’être installés par l’assistant Ross Kerridge avec Peter Chatterton. Olly Ball fournit lui-même le cue de billard et un cintre George Best visibles dans la composition.
La photographie résulte ainsi d’un travail collectif mêlant accessoires personnels, objets de stylisme et montage du décor. Pour Olly Ball, cette commande restera un cas isolé dans son parcours : il a expliqué rétrospectivement qu’il s’agissait de la seule pochette d’album qu’il ait photographiée.
La première place britannique au terme d’un projet structuré
À sa sortie britannique du 8 juin 1985, Our Favourite Shop atteint la première place des classements nationaux, selon plusieurs sources récapitulatives concordantes. Il devient alors la sortie de The Style Council bénéficiant de la plus grande visibilité commerciale depuis la création du groupe.
Ce résultat vient clore une séquence engagée bien avant l’entrée au studio : évolution du collectif, multiplication des maquettes, répétitions, choix de deux méthodes d’enregistrement et préparation de singles capables d’exister séparément. Même sa déclinaison américaine montre combien le projet pouvait être réorganisé selon le territoire sans effacer le travail réalisé autour des chansons.
Quarante et un ans après sa parution au Royaume-Uni, l’histoire de Our Favourite Shop reste celle d’un album construit par étapes, mais sans dispersion. « Walls Come Tumbling Down! », « Shout to the Top! », « The Lodgers » ou « Come to Milton Keynes » permettent aujourd’hui de retrouver les différentes facettes de cette période où The Style Council a transformé une organisation plus libre en véritable groupe de travail.