Né le 20 août 1948 à West Bromwich, en Angleterre, Robert Plant fête aujourd’hui ses 78 ans. Chanteur, auteur des paroles et co-compositeur de Led Zeppelin, il aurait pu consacrer l’après-1980 à entretenir ce répertoire. Il a préféré changer de partenaires, revisiter ses propres chansons et explorer les traditions folk américaines et britanniques, jusqu’au projet Saving Grace.
Au début des années 1980, Robert Plant doit apprendre à écrire sans Jimmy Page. Après quatorze années de partenariat, le chanteur travaille notamment avec le guitariste Robbie Blunt et découvre une méthode qui ne lui est pas familière. « Au début, c’était tellement inconfortable que je n’étais pas sûr de pouvoir le supporter », racontera-t-il.
Ce passage difficile donne la clé d’un parcours qui ne se résume pas au rôle de chanteur de Led Zeppelin. Robert Plant, qui fête aujourd’hui ses 78 ans, a régulièrement choisi de modifier son environnement de travail plutôt que de reproduire une formule éprouvée. Du blues entendu dans les Midlands au folk de Saving Grace, ses changements de collaborateurs racontent une même volonté : ne pas laisser son passé décider seul de la suite.
Bien avant de rencontrer Jimmy Page, Robert Anthony Plant se forge une identité dans la Black Country, région industrielle située près de Birmingham. Adolescent, il développe une forte attirance pour le blues américain et le rock’n’roll. Dans les clubs locaux, il gagne même le surnom de « The Wild Man of Blues From the Black Country ».
Plant passe alors par plusieurs formations, dont Band of Joy et Hobbstweedle. Il y interprète notamment « White Rabbit » de Jefferson Airplane et « Omaha » de Moby Grape, au sein d’un répertoire où se croisent rock américain et psychédélisme. Il partage également cette scène régionale avec John Bonham.
La trajectoire manque pourtant de s’interrompre. Band of Joy est sur le point de signer un contrat lorsque le groupe se sépare dans de mauvaises conditions. Plant retourne dans les clubs des Midlands, confronté à ce qu’il décrira comme une succession d’impasses. C’est dans ce contexte que Jimmy Page le recrute en 1968 pour un nouveau projet, d’abord conçu comme une continuation des Yardbirds, puis rebaptisé Led Zeppelin.
Chez Led Zeppelin, Plant ne se limite pas au rôle de chanteur principal. Il devient le principal auteur des paroles et co-signe majoritairement les chansons avec Jimmy Page. Sa culture du blues s’accompagne d’un autre imaginaire, nourri par les paysages des Midlands et les livres de J.R.R. Tolkien.
Plant expliquera plus tard que ses parents l’avaient conduit, pendant son enfance, à travers des lieux qu’il retrouverait ensuite en lisant Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux. Ces correspondances géographiques alimentent certains textes du groupe, sans que ses partenaires identifient nécessairement cette source à l’époque.
Son regard rétrospectif sur les chansons de Led Zeppelin révèle également une hiérarchie personnelle différente de celle imposée par la popularité. Il reconnaît l’importance de « Stairway to Heaven » et l’intensité de son interprétation originale, mais conserve une relation ambivalente avec le morceau. À ses yeux, « Kashmir » représente davantage ses ambitions d’écriture.
Plant présente « Kashmir » comme une pièce centrale de son travail avec Led Zeppelin. La chanson procède moins du compte rendu d’un voyage que d’une vision intérieure, façonnée par les paysages et les lectures qui l’occupent alors. Sa progression répétitive et la rencontre entre rock et orchestrations correspondent davantage à l’imaginaire qu’il revendique.
Une autre chanson entretient avec lui un rapport beaucoup plus intime. Robert Plant associe « All My Love », co-écrite avec John Paul Jones, à la mort de son fils Karac en 1977. Ce contexte personnel explique la charge particulière qu’il attribue au morceau et ses réticences occasionnelles à l’interpréter sur scène.
Ces trois chansons montrent déjà que Plant ne considère pas le catalogue de Led Zeppelin comme un ensemble figé. Il distingue le succès public, ses ambitions d’auteur et le poids personnel de certains textes. Cette manière de relire son répertoire annonce sa position après la dissolution du groupe en 1980.
En lançant sa carrière solo, Plant ne cherche pas à reconstituer immédiatement le tandem Page-Plant sous une autre forme. Avec Robbie Blunt, puis d’autres compositeurs, il doit retrouver des repères. Les albums Pictures at Eleven et The Principle of Moments naissent de cette période où le changement de partenaire devient une méthode de renouvellement, malgré l’inconfort initial.
En 1988, Now and Zen marque une autre étape. Plant y adopte une production ancrée dans les années 1980, utilise des samples et accepte des clins d’œil directs à Led Zeppelin. Avec le claviériste Phil Johnstone, il écrit « Tall Cool One » et « White, Clean and Neat » au cours d’une seule après-midi.
« Tall Cool One » incorpore des samples de son ancien groupe. Plant ne tente donc plus seulement de prendre ses distances : il réutilise cet héritage dans un cadre différent. Pendant cette séance particulièrement féconde, il raconte avoir soudain retrouvé le fan de Led Zeppelin qu’il avait lui-même été. Le passé n’est plus nié, mais transformé en matériau.
À partir des années 2000, ce principe s’étend aux musiques roots américaines. La collaboration avec la chanteuse bluegrass Alison Krauss aboutit à Raising Sand> et modifie la manière dont Plant chante et conçoit les arrangements. Son approche devient plus retenue et plus acoustique, loin d’une simple reproduction des codes associés à Led Zeppelin.
En 2010, il donne à un album le nom de Band of Joy, renouant ainsi avec l’une de ses premières formations. Ce retour nominal n’est pas une reconstitution. Plant y revisite du folk, du gospel et d’anciennes chansons américaines, réinscrivant sa voix dans les traditions qui l’intéressaient déjà lorsqu’il chantait dans les clubs des Midlands.
Ses projets avec les Sensational Space Shifters et Alison Krauss confirment ensuite une organisation moins centrée sur un groupe permanent. Plant résume cette philosophie ainsi : « C’est simplement ce qu’il y a dans les chansons qui viennent à toi et les gens avec qui tu travailles. » Chaque association devient alors un nouveau cadre de recherche.
La naissance de Saving Grace illustre concrètement cette disponibilité. Dans un pub près de la frontière galloise, un inconnu aborde Robert Plant et cite plusieurs figures de la scène folk britannique, dont Bert Jansch. La conversation se prolonge autour de pintes et fait émerger l’idée de reprendre des chansons folk peu connues.
Le projet ne consiste pas à conserver ces morceaux sous cloche. Certaines chansons peuvent changer de titre, dans l’esprit d’une tradition orale où le répertoire circule et se transforme. Après le blues américain de son adolescence et les anciennes chansons explorées avec Alison Krauss ou Band of Joy, Plant se tourne ainsi vers une autre branche de son histoire musicale : le folk britannique.
Depuis 1980, la demande d’une reformation permanente de Led Zeppelin accompagne Robert Plant. Les réunions ponctuelles, dont le concert de 2007, ont montré son ampleur. Le chanteur maintient pourtant son refus de regarder constamment en arrière, quitte à déplaire à une partie du public. Il ne veut pas que le groupe devienne sa propre formation de reprises.
Cette position n’implique pas d’effacer Led Zeppelin. Plant continue d’honorer certains morceaux sur scène, mais réserve une place importante à son travail postérieur, des Sensational Space Shifters à Saving Grace en passant par ses collaborations avec Alison Krauss. Son parcours repose moins sur une rupture définitive que sur un déplacement permanent du contexte.
À 78 ans, Robert Plant reste ainsi fidèle à la leçon difficile du début de sa carrière solo : changer de partenaire peut déstabiliser, mais aussi ouvrir une nouvelle manière de chanter, d’écrire ou de reprendre une chanson. Led Zeppelin demeure une partie essentielle de son histoire sans devenir l’unique scénario possible.