Un inhalateur, des concerts et le Covid : le parcours d’Elijah Hewson avec Inhaler

Né le 17 août 1999 à Dublin, Elijah Hewson fête aujourd’hui ses 27 ans. Chanteur, guitariste et auteur-compositeur d’Inhaler, il a bâti le groupe avec des camarades de lycée, bien avant leur premier album numéro un. D’un surnom inspiré par son asthme à un disque profondément remanié par la pandémie, leur parcours raconte surtout un long apprentissage collectif.

Avant de devenir le nom d’un groupe, Inhaler désigne l’objet qu’Elijah Hewson garde sur lui à cause de son asthme. Ses camarades de lycée s’emparent du détail et commencent à les appeler « the Inhalers ». Le surnom finit par s’imposer. En ce 17 août, jour de ses 27 ans, cette origine dit déjà beaucoup du parcours du chanteur et guitariste : une histoire construite à partir du quotidien d’une bande d’amis.

Car Inhaler n’est pas né autour d’un plan de carrière soigneusement établi. Le groupe s’est formé progressivement à St Andrew’s College, à Dublin, entre des adolescents qui apprenaient encore à jouer. Des années plus tard, cette méthode collective reste visible dans leur manière de faire évoluer leurs chansons sur scène, de les reprendre en studio et de transformer les imprévus en matière de travail.

Trois collégiens qui ne maîtrisent pas encore leurs instruments

Vers 12 ou 13 ans, Elijah Hewson retrouve régulièrement Ryan McMahon et Robert Keating chez les uns ou les autres. Ils jouent de la musique avant même de savoir précisément ce qu’ils pourraient en faire. Hewson a résumé sans détour cette période : « On allait souvent chez les uns et les autres pour jouer, et on était vraiment mauvais. »

Le trio constitue le premier noyau d’Inhaler, formé en 2012 à St Andrew’s College. Ce qui commence comme une activité entre camarades devient progressivement un projet plus structuré. Une faiblesse apparaît cependant clairement : il leur manque un guitariste qui maîtrise véritablement son instrument.

Quelques années plus tard, les trois amis recrutent donc Josh Jenkinson. Ils le choisissent précisément pour ses capacités de guitariste, stabilisant ainsi la formation autour de Hewson au chant et à la guitare, Keating à la basse, McMahon à la batterie et Jenkinson à la guitare. Inhaler passe alors du bricolage adolescent à un groupe décidé à progresser ensemble.

Comment l’asthme d’Elijah Hewson a donné un nom à Inhaler

Le groupe ne trouve pas son identité dans une référence savante ou une stratégie élaborée. Adolescent asthmatique, Elijah Hewson porte régulièrement un inhalateur. Au lycée, ses camarades associent cet objet au groupe et utilisent le surnom « the Inhalers ».

Environ trois ans après les premiers essais musicaux, le surnom devient leur nom officiel. Une contrainte personnelle se transforme ainsi en signe de ralliement collectif. L’anecdote permet aussi de comprendre la nature de la formation : Inhaler vient d’un environnement partagé, de liens scolaires et d’habitudes prises bien avant les studios et les classements.

Le groupe plutôt que l’université

À la sortie de l’école, Elijah Hewson doit choisir entre l’université et un engagement complet dans Inhaler. Il opte pour le groupe, une décision qui inquiète ses parents. Il expliquera ensuite que cette orientation représentait aussi une manière de ne pas grandir, comme si l’aventure musicale prolongeait la bande formée au collège.

Cette décision prend un relief particulier en raison de sa filiation. Elijah est le fils de Bono, le chanteur de U2, et cette information accompagne très tôt les articles consacrés à Inhaler. Hewson insiste pourtant sur la nécessité de créer sa propre histoire. Il ne sollicite pas systématiquement son père pour obtenir des conseils artistiques et ramène constamment le récit vers le travail des quatre musiciens.

Interrogé sur les recommandations paternelles, il évoque d’ailleurs un conseil aussi pratique qu’éloigné de toute leçon de composition : toujours avoir du déodorant. Une façon de replacer cette relation dans le cadre ordinaire d’un rapport entre un père et son fils, plutôt que d’en faire la clé artistique d’Inhaler.

« It Won’t Always Be Like This » se construit devant le public

L’une des premières chansons du groupe montre comment les quatre musiciens apprennent leur métier. Écrite collectivement, « It Won’t Always Be Like This » paraît d’abord en single en 2019. Elle n’est pourtant pas considérée comme figée. Inhaler la joue régulièrement et observe les réactions du public, au point que le morceau prend véritablement forme pendant les concerts.

La chanson devient l’ouverture habituelle de leurs prestations. Lorsque vient le moment de l’intégrer au premier album, le groupe décide de la réenregistrer et de lui donner un « coup de jeune » afin qu’elle corresponde davantage à sa version scénique. Elle ouvre finalement le disque comme elle ouvrait déjà les concerts.

Cette circulation entre la scène et le studio caractérise les débuts d’Inhaler. Le groupe passe de salles accueillant une vingtaine de personnes à un public de 300 personnes au festival Electric Picnic, avant de jouer dans des espaces plus importants. Les concerts ne servent pas seulement à diffuser les morceaux : ils participent directement à leur évolution.

Un premier album coupé en deux par le Covid

Le premier album devait initialement rassembler une grande partie des singles déjà publiés et des titres appréciés en concert. Le groupe comptait les enregistrer entre ses différentes dates. Mais le confinement interrompt les séances prévues en mars 2020 et bouleverse cette organisation.

Le temps supplémentaire modifie la nature du projet. Inhaler développe davantage les morceaux et approfondit le travail en studio. Elijah Hewson décrira ensuite clairement cette fracture : « Il y a presque deux faces à l’album : l’Inhaler d’avant le Covid-19 et l’Inhaler d’après. »

« Cheer Up Baby » appartient au matériau ancien. Présente dès la naissance du groupe, la chanson a longtemps circulé sur scène et en single avant d’être retravaillée pour l’album. Elle relie directement les années de lycée au disque terminé après le confinement.

« When It Breaks » vient de l’autre versant. Écrite et produite pendant la pandémie, alors que les musiciens ignorent quand les concerts pourront reprendre, elle traduit la crainte d’une rupture dans la continuité même du groupe. Entre ces deux chansons, It Won’t Always Be Like This conserve les traces de deux périodes de création très différentes.

Du collège aux premières places des classements

Publié le 9 juillet 2021, It Won’t Always Be Like This entre directement à la première place en Irlande et au Royaume-Uni. Inhaler devient alors le premier groupe irlandais depuis The Script en 2008 à placer un premier album en tête du classement britannique dès sa sortie. Le disque établit aussi le meilleur démarrage du siècle au Royaume-Uni, en vinyle, pour un premier album.

Ce résultat donne une portée nouvelle au chemin parcouru depuis St Andrew’s College. La formation repérée dès 2020, lorsqu’elle se classe cinquième du BBC Sound of 2020, dispose désormais d’un succès qui ne repose pas seulement sur le nom de famille de son chanteur. Le travail collectif, les années de scène et la réécriture du premier album fournissent à Inhaler son propre récit.

Trois albums pour sortir des étiquettes

Le groupe poursuit cette trajectoire avec Cuts & Bruises en 2023, puis Open Wide en février 2025. Elijah Hewson présente ce troisième disque, le plus récent d’Inhaler, comme un nouveau départ plus personnel. Des titres tels que « Your House » et « Billy (Yeah Yeah Yeah) » accompagnent cette nouvelle étape.

Hewson refuse par ailleurs d’enfermer Inhaler dans une seule catégorie. Entre le premier et le troisième album, le groupe intègre à sa base rock des influences dream pop, funk et psychédéliques. Cette évolution prolonge une méthode déjà présente dans « It Won’t Always Be Like This » : reprendre le matériau existant, le confronter à l’expérience acquise et ne pas considérer une première version comme définitive.

À 27 ans, Elijah Hewson reste ainsi lié à une histoire commencée avec deux camarades qui savaient à peine jouer, un guitariste recruté pour consolider l’ensemble et un surnom né dans les couloirs du lycée. La pandémie aurait pu interrompre cette continuité ; elle a finalement laissé une coupure visible au cœur du premier album.

Du nom Inhaler à Open Wide, le parcours ne se réduit donc ni à une filiation ni à une réussite immédiate. Il montre comment quatre amis ont fait de leurs limites initiales, de la scène et d’un arrêt imposé autant d’étapes dans la construction de leur identité musicale.