Une semaine pour « Nigel » : XTC se réinvente sur Drums and Wires

Publié au Royaume-Uni le 17 août 1979, Drums and Wires fête aujourd’hui ses 47 ans. Pour son troisième album, XTC change de formation, rejoint le producteur Steve Lillywhite et l’ingénieur Hugh Padgham au Town House de Londres, puis consacre une semaine entière à « Making Plans for Nigel ». Ce morceau va cristalliser la transformation du groupe et lui offrir son premier Top 20 britannique.

Au début de juin 1979, XTC entre au Town House de Londres pour travailler sur une seule chanson : « Making Plans for Nigel ». Le groupe reviendra une dizaine de jours plus tard afin d’enregistrer presque tout le reste de Drums and Wires en trois semaines. Sorti au Royaume-Uni le 17 août 1979 selon plusieurs sources concordantes, l’album célèbre aujourd’hui ses 47 ans, avec ce déséquilibre initial comme indice de ce qui se joue alors autour du groupe.

Car ce troisième album studio ne prolonge pas simplement les deux précédents. Entre-temps, XTC a changé de formation, découvert une nouvelle équipe de studio et réorganisé son architecture sonore. La place accordée à « Making Plans for Nigel », bientôt premier single du groupe à entrer dans le Top 20 britannique, concentre cette période de transition.

Dave Gregory fait basculer la formation vers les guitares

Le changement commence entre la fin de 1978 et le début de 1979. Le claviériste Barry Andrews quitte XTC et Dave Gregory le remplace. L’arrivée d’un guitariste à la place d’un claviériste modifie concrètement l’équilibre du groupe : les nappes de claviers qui avaient marqué les deux premiers albums cèdent du terrain à un jeu de guitare plus structuré.

Autour d’Andy Partridge, Colin Moulding et du batteur Terry Chambers, Gregory participe ainsi à une nouvelle configuration de XTC. Drums and Wires sera considéré par plusieurs commentateurs comme le début d’une deuxième phase du groupe. Son titre finira d’ailleurs par résumer ce déplacement vers les batteries et les guitares, mais cette formule ne s’impose pas immédiatement.

Dans l’écriture, Andy Partridge conserve la majorité des douze compositions originales. Colin Moulding occupe toutefois une place importante avec « Day In Day Out », « Ten Feet Tall », « That Is the Way » et surtout « Making Plans for Nigel », la chanson autour de laquelle les premières séances vont s’organiser.

Une démo à Swindon avant le Town House

« Making Plans for Nigel » existe déjà avant l’enregistrement de l’album. En mars 1979, XTC en réalise une démo aux Redbrick Studios, installés dans le Swindon Town Hall. Le groupe assure lui-même la production avec l’ingénieur Steve Warren. Cette première version restera longtemps dans les archives avant de paraître officiellement en 2002 dans le coffret Coat of Many Cupboards.

Quelques mois plus tard, la chanson devient le point de départ des séances londoniennes. Au début de juin, XTC lui consacre plusieurs jours au Town House, studio alors récemment construit. Lorsque le groupe revient une dizaine de jours après cette première session, il doit enregistrer le reste de l’album dans un calendrier beaucoup plus resserré.

Andy Partridge gardera un souvenir critique de cette répartition du temps. « Nous avons passé une semaine sur Nigel et trois semaines sur le reste de l’album », résumera-t-il rétrospectivement. La remarque dit autant l’importance accordée au futur single que la rapidité avec laquelle les autres morceaux sont mis en boîte.

Steve Lillywhite et Hugh Padgham placent la batterie au premier plan

Au Town House, XTC travaille avec le producteur Steve Lillywhite et l’ingénieur du son Hugh Padgham. Les deux hommes commencent à y développer leur approche de la réverbération « gated » appliquée aux batteries. Sur Drums and Wires, ils perfectionnent un son de batterie très présent, particulièrement perceptible dès l’ouverture avec « Making Plans for Nigel ».

La production rencontre ici un accident de communication interne. Selon une biographie du groupe, le motif de batterie caractéristique du morceau naît d’un malentendu entre Andy Partridge et Terry Chambers. Un quiproquo sur ce que le batteur doit jouer conduit à un pattern atypique, finalement conservé dans la version définitive.

Ce motif et le travail réalisé par Lillywhite et Padgham sur la batterie se retrouvent ainsi au centre de la chanson la plus longuement travaillée des séances. L’enregistrement deviendra par la suite un exemple régulièrement cité de la mise en place du style de production qui contribuera à la réputation du tandem au début des années 1980.

« Making Plans for Nigel », ou l’avenir décidé par les parents

Écrite et chantée par Colin Moulding, « Making Plans for Nigel » adopte le point de vue de parents convaincus de savoir ce qui convient à leur fils. Nigel sera, assurent-ils, heureux dans son travail ; son avenir chez British Steel leur paraît déjà scellé. Le texte repose sur la tension entre cette certitude parentale et l’individualité du personnage dont la vie est ainsi planifiée.

Lorsque Drums and Wires paraît à la mi-août 1979, la chanson ouvre l’album. Elle est choisie comme single dans les semaines suivantes et atteint la 17e place du UK Singles Chart, offrant à XTC son premier Top 20 britannique.

La référence à British Steel acquiert alors une résonance que Colin Moulding n’avait pas planifiée. Environ un mois après la sortie de l’album, quelque 100 000 sidérurgistes de l’entreprise se mettent en grève. Le nom de British Steel et l’expression « making plans for Nigel » sont repris dans certains titres de presse au moment du conflit. Une entreprise choisie fortuitement pour la chanson se retrouve ainsi au centre de l’actualité sociale britannique.

De « Boom Da Boom » à Drums and Wires

Pendant que le disque prend forme, son identité visuelle se construit avec Hipgnosis. Le collectif de design, qui travaille alors sur plusieurs albums de XTC, conçoit la pochette. Andy Partridge expliquera qu’un autre titre avait d’abord été envisagé : Boom Da Boom.

Le groupe retient finalement Drums and Wires, en lien avec le graphisme et l’esprit ludique des images utilisées. Le choix paraît particulièrement adapté à un album né d’une formation remaniée, où l’arrivée de Dave Gregory renforce la place des guitares tandis que Lillywhite et Padgham donnent un relief accru à la batterie.

Un album construit autour d’un changement d’équilibre

Publié par Virgin Records, Drums and Wires rassemble donc plusieurs transformations simultanées : le départ d’un claviériste, l’arrivée d’un guitariste, une nouvelle collaboration de studio et l’attention inhabituelle accordée à une composition de Colin Moulding. Les archives de fans compilant les données de classement lui attribuent sept semaines de présence dans les classements britanniques, tandis que « Making Plans for Nigel » installe XTC dans le Top 20 des singles.

Une réédition de catalogue parue en 2014 a depuis permis de prolonger l’examen de cette fabrication. Son édition Blu-ray réunit notamment des mixes stéréo et 5.1 supplémentaires, des instrumentaux, des séances de démos ainsi que les films promotionnels de « Making Plans for Nigel » et « Life Begins at the Hop ».

Quarante-sept ans après sa sortie, Drums and Wires apparaît avant tout comme le produit d’un nouvel équilibre. Une formation remaniée rencontre au Town House deux techniciens qui développent leur méthode, tandis qu’une chanson bénéficie d’un temps de studio sans commune mesure avec celui réservé au reste du disque. Le futur de Nigel était décidé par ses parents ; celui de XTC s’est, lui, redessiné au fil de ces quelques semaines.