Il y a six ans, Alanis Morissette revenait avec Such Pretty Forks in the Road


31 juillet 2026

Le 31 juillet 2020, Alanis Morissette publie Such Pretty Forks in the Road, son neuvième album studio — le septième à l’échelle internationale. Cette sortie met fin à huit années sans nouveau disque studio depuis Havoc and Bright Lights, paru en 2012. Le retour prend toutefois une forme éloignée d’une simple reprise d’activité : les chansons rendent compte des bouleversements vécus pendant cet intervalle.

 

À l’occasion de son sixième anniversaire, l’album apparaît comme le récit condensé d’une période particulièrement chargée. Plusieurs fausses couches, la naissance des deuxième et troisième enfants de la chanteuse, de sévères épisodes de dépression post-partum et la découverte d’un détournement de plusieurs millions de dollars par son gestionnaire financier en constituent l’arrière-plan direct.

 

Huit années de bouleversements personnels

 

Le long silence discographique d’Alanis Morissette ne correspond donc pas à une période vide. Entre 2012 et 2020, sa vie personnelle et familiale connaît des transformations profondes, auxquelles s’ajoute la révélation d’une trahison financière étendue sur presque une décennie. Such Pretty Forks in the Road prend forme au milieu de ces expériences successives.

 

Morissette présente elle-même les morceaux comme les dépositaires de ce qu’elle a traversé. Dans son entretien autour du disque pour Apple Music, elle explique que « tout ce qu’elle ressentait se trouve dans ces chansons ». Cette déclaration éclaire la fonction de l’album : moins dresser un bilan à distance que conserver la trace immédiate de plusieurs années de crise et de transformation.

 

Cette matière personnelle prolonge l’écriture confessionnelle associée à son parcours depuis Jagged Little Pill. Le ton s’est cependant déplacé. Là où le rock électrique occupait auparavant une place importante, ce nouveau disque privilégie fréquemment le piano, la voix et les cordes, dans un registre plus apaisé.

 

Des séances en duo pour revenir à l’essentiel

 

La première étape de Such Pretty Forks in the Road repose sur une méthode de travail resserrée. Alanis Morissette commence à élaborer les chansons avec le claviériste Mike Farrell, au cours de séances en duo organisées à Malibu et dans la région de la baie de San Francisco.

 

Cette configuration réduite correspond à l’orientation musicale du projet. Le piano devient l’un des points d’ancrage de morceaux très introspectifs, tandis que les arrangements de cordes prennent souvent le pas sur une approche dominée par les guitares électriques. Le disque se construit ainsi autour d’une expression plus dépouillée de ses sujets personnels.

 

La production est par la suite finalisée avec Alex Hope et Catherine Marks. Leur intervention accompagne le passage de ces premières séances à la forme définitive de l’album, sans effacer le caractère direct des compositions nées autour du clavier et de la voix.

 

« Smiling », un pont avec la comédie musicale Jagged Little Pill

 

La préparation du disque se déroule parallèlement à un autre projet lié au répertoire d’Alanis Morissette. La chanteuse participe à la comédie musicale Jagged Little Pill, créée à Broadway en 2019. Cette activité rejoint directement l’histoire de l’album par l’intermédiaire de « Smiling ».

 

La chanson provient de cette comédie musicale avant de trouver sa place sur Such Pretty Forks in the Road. Elle établit ainsi un lien concret entre la relecture scénique de Jagged Little Pill et le nouveau chapitre discographique de Morissette.

 

« Smiling » fait également partie des titres choisis pour accompagner la publication, aux côtés de « Reasons I Drink » et « Diagnosis ». Ces chansons mettent en avant les thèmes intimes qui structurent le projet et son écriture centrée sur les difficultés traversées durant les années précédentes.

 

Une publication bouleversée par la pandémie

 

Such Pretty Forks in the Road devait initialement paraître le 1er mai 2020. La pandémie de COVID-19 entraîne cependant le report de cette date. Après plusieurs reprogrammations, la sortie commerciale principale est arrêtée au 31 juillet, en CD, vinyle et numérique.

 

En Amérique du Nord, l’album paraît par l’intermédiaire d’Epiphany Music et Thirty Tigers. Au Royaume-Uni et en Europe, sa publication est assurée par RCA et Sony Music. Ce calendrier perturbé ajoute une dernière difficulté à un projet déjà nourri par plusieurs années d’épreuves personnelles.

 

Le disque arrive donc dans un contexte très différent de celui envisagé au début de sa campagne. Son décalage ne modifie pourtant pas sa place dans la discographie d’Alanis Morissette : il demeure son premier album studio depuis 2012 et marque son retour à ce format après la plus longue période évoquée entre deux de ses publications studio.

 

Une réception attentive à la vulnérabilité du disque

 

À sa sortie, l’accueil critique souligne notamment la vulnérabilité de l’écriture, la cohérence de l’ensemble et la manière dont Morissette transforme son expérience personnelle en chansons. Cette reconnaissance ne s’accompagne pas de résultats commerciaux comparables à ceux de ses grands succès des années 1990.

 

Such Pretty Forks in the Road occupe néanmoins une position précise dans sa trajectoire. Il documente ce qui s’est déroulé pendant huit années sans album studio et associe ce retour à une évolution musicale : une place accrue accordée au piano et aux cordes, au service de textes directement rattachés à la maternité, à la santé mentale et à la trahison financière.

 

Six ans après sa parution, le disque reste le témoignage d’un retour construit sans éluder les difficultés qui l’ont précédé. Son histoire relie une méthode de création intime, une production menée avec Alex Hope et Catherine Marks, le projet scénique Jagged Little Pill et une sortie retardée par la pandémie. Le réécouter aujourd’hui revient à retrouver Alanis Morissette au point de rencontre entre plusieurs crises personnelles et une nouvelle étape de son écriture.