Le coup de fil qui a fait de Budgie le moteur rythmique des Banshees


21 août 2026

Né le 21 août 1957 à St Helens, en Angleterre, Budgie fête aujourd’hui ses 69 ans. Le batteur et percussionniste britannique, de son vrai nom Peter Edward Clarke, devait seulement remplacer Kenny Morris en tournée avec Siouxsie and the Banshees. Cet engagement provisoire durera jusqu’en 1996 et donnera naissance, avec Siouxsie Sioux, à une autre aventure : The Creatures.

À la fin de 1979, Budgie entre dans Siouxsie and the Banshees pour répondre à une urgence. Le départ précipité du batteur Kenny Morris oblige le groupe à trouver un remplaçant pour la tournée. Ce 21 août 2026, jour de ses 69 ans, cet épisode apparaît comme le point de départ d’une transformation durable : Peter Edward Clarke, dit Budgie, restera au sein des Banshees jusqu’à leur séparation en 1996.

Entre ces deux dates, son rôle dépasse largement celui d’un musicien venu assurer quelques concerts. Sa première participation discographique majeure, Kaleidoscope, rend son intégration audible dès 1980. Son jeu contribue ensuite à éloigner le groupe de son punk initial pour installer une approche rythmique plus texturée, dont « Spellbound » devient l’un des exemples les plus souvent cités.

Un coup de fil pour remplacer Kenny Morris

L’arrivée de Budgie ne résulte pas d’un recrutement longuement préparé. Lorsque Kenny Morris quitte Siouxsie and the Banshees en 1979, le groupe doit poursuivre sa route avec une nouvelle batterie. Budgie est alors sollicité comme solution temporaire, dans le contexte de la tournée qui suit la période de Join Hands.

Deux ans plus tard, au cours d’une interview publiée en 1981, le batteur résume cette entrée en matière sans développer de grand récit. « J’ai reçu un coup de fil », explique-t-il. À la question de savoir pourquoi il a accepté, sa réponse est tout aussi directe : « Je n’ai tout simplement pas pu résister. »

Ces quelques mots disent surtout la rapidité de la décision. Budgie ne rejoint pas encore les Banshees avec la perspective documentée d’y passer près de dix-sept ans. Il arrive pour occuper une place laissée vide et répondre aux besoins immédiats du groupe. Pourtant, ce remplacement devient rapidement une véritable intégration.

Avec Kaleidoscope, le remplaçant entre dans le son du groupe

Le passage décisif s’effectue sur disque. En 1980, Kaleidoscope constitue la première participation discographique majeure de Budgie avec Siouxsie and the Banshees. Le batteur n’est plus seulement celui qui a permis de poursuivre une tournée : il intervient désormais dans la nouvelle configuration créative du groupe aux côtés de Siouxsie Sioux et Steven Severin.

La durée de cette collaboration mesure l’écart entre la mission initiale et ce qu’elle devient. Entré à titre provisoire en 1979, Budgie traverse avec les Banshees les périodes de Peepshow, Superstition et The Rapture. Il demeure membre du groupe jusqu’à sa séparation en 1996.

Cette stabilité ne signifie pas que son apport se limite à tenir un poste. Les sources biographiques consacrées aux Banshees lui attribuent un rôle déterminant dans l’installation d’une batterie plus tribale et plus texturée. Son jeu participe ainsi au déplacement du groupe au-delà de la rudesse punk de ses débuts.

« Spellbound », exemple d’une nouvelle signature rythmique

« Spellbound » permet d’entendre la place prise par cette approche. Le morceau est régulièrement cité parmi ceux où la batterie de Budgie contribue le plus clairement à la signature rythmique des Banshees. La percussion ne s’y réduit pas à un accompagnement : elle joue un rôle dans la densité et la dimension dansante associées à cette période du groupe.

Il faut en revanche distinguer cette contribution de l’histoire de « Hong Kong Garden ». Le single original précède l’intégration de Budgie dans la formation. Son nom peut être associé au virage plus texturé pris ensuite par les Banshees, mais le dossier ne permet pas de lui attribuer un rôle dans la création ou l’enregistrement initial du titre.

Cette distinction éclaire précisément son importance. Budgie ne participe pas aux tout premiers enregistrements qui ont fait connaître le groupe ; il intervient au moment où celui-ci réorganise son personnel et élargit ses moyens rythmiques. Son empreinte se construit donc dans la durée, à partir de Kaleidoscope et au fil des disques suivants.

The Creatures place la percussion au centre

En 1981, deux ans seulement après l’appel qui l’a conduit chez les Banshees, Budgie forme The Creatures avec Siouxsie Sioux. Le projet parallèle offre un autre cadre à leur collaboration. Centré sur les percussions et sur une approche plus expérimentale, il donne au batteur un espace distinct de celui qu’il occupe dans le groupe principal.

The Creatures ne constitue donc pas une simple parenthèse entre deux albums des Banshees. Le projet se développe avec des disques comme Feast et Boomerang, tandis que Siouxsie et Budgie poursuivent simultanément leur travail au sein de la formation. Leur collaboration artistique s’inscrit également dans une relation personnelle publique : ils se marient en 1991.

Une interview filmée à Toronto en 1986 montre déjà les deux musiciens évoquant « Dear Prudence », « Cities in Dust » et leur refus d’être enfermés dans une seule catégorie. Cet échange donne un éclairage cohérent au développement parallèle de The Creatures : les deux projets permettent d’explorer des configurations différentes sans réduire leur travail à une formule unique.

Anima Animus, trois ans après la fin des Banshees

Lorsque Siouxsie and the Banshees se sépare en 1996, The Creatures offre à Budgie et Siouxsie Sioux une continuité artistique déjà solidement établie. En 1999, le duo publie Anima Animus. La percussion de Budgie demeure l’un des centres du projet, dans un format où son rôle ne dépend plus de l’architecture d’un groupe complet.

Cette étape donne une autre portée à la création de The Creatures en 1981. Le projet conçu en parallèle survit au groupe autour duquel il avait d’abord pris forme. Le parcours de Budgie ne se résume donc pas à sa longévité chez les Banshees : il comprend aussi la construction d’un duo capable de poursuivre son activité après 1996.

Budgie revient sur son parcours dans The Absence

En 2025, le musicien a publié son autobiographie, The Absence: Memoirs of a Banshee Drummer. Il y revient notamment sur ses débuts, ses pertes et sa vie musicale. Cette publication récente replace sa trajectoire sous son propre regard, plus de quatre décennies après le coup de téléphone raconté dans l’interview de 1981.

Le fil qui relie ces épisodes tient dans le passage d’une fonction provisoire à une identité musicale durable. Budgie arrive pour remplacer un batteur ; il participe ensuite à la transformation rythmique de Siouxsie and the Banshees, puis construit avec The Creatures un projet où les percussions occupent une position centrale.

À 69 ans, son parcours se lit ainsi moins comme une succession de groupes que comme le développement d’un langage de batteur dans plusieurs cadres. L’urgence de 1979 ouvre la voie à Kaleidoscope, à la pulsation de « Spellbound » et à l’expérimentation de The Creatures. Ce qui devait durer le temps d’une tournée aura finalement structuré l’essentiel de son histoire musicale.