Le pari August and Everything After : il y a 33 ans, Counting Crows passait des clubs au manoir de Hollywood


14 septembre 2026

Counting Crows publiait August and Everything After le 14 septembre 1993, il y a exactement 33 ans. Avant les disques de platine et l’irruption de Mr. Jones sur les radios, ce premier album est né d’une démo de douze chansons, d’un concert décisif à San Francisco et de longues séances menées sous la direction de T Bone Burnett.

Au début de 1992, Gary Gersh se rend au Paradise Lounge de San Francisco pour voir Counting Crows sur scène. Le cadre de Geffen/DGC, connu pour avoir signé Nirvana, a entendu parler des démos du groupe. Ce long enregistrement de douze titres circule alors dans le milieu rock de la côte Ouest, où il a déjà retenu l’attention de la productrice radio Bonnie Simmons, puis de T Bone Burnett. Ce soir-là, le parcours d’un groupe de clubs commence à changer d’échelle.

Counting Crows s’est formé au début des années 1990 dans la région de San Francisco. Adam Duritz en est le chanteur, entouré de David Bryson à la guitare, Charlie Gillingham aux claviers, Matt Malley à la basse et Steve Bowman à la batterie. L’intérêt provoqué par les démos conduit à un contrat avec DGC, branche de Geffen Records. L’accord réserve au jeune groupe un contrôle créatif significatif ainsi qu’une implication dans le marketing et la promotion de son premier album.

Une major, un manoir vide et T Bone Burnett

La signature conduit Counting Crows à Los Angeles en 1993. Sur une suggestion de Gary Gersh, le groupe loue un manoir vide dans les Hollywood Hills pour y installer une partie de son travail. Le décor possède tout d’une extravagance de major, mais l’enregistrement ne se limite pas à cette résidence : entre février et juin, les séances passent également par Kiva West, Conway Recording Studios, Village Recorders et Sunset Sound Recorders.

T Bone Burnett prend en charge la production principale. David Immerglück complète l’équipe instrumentale à la guitare, à la mandoline et à la pedal steel. À l’arrivée, August and Everything After réunit onze morceaux en environ 51 minutes. Les classifications de l’époque et des catalogues le placent au croisement du rock alternatif, du roots rock et du heartland rock, loin d’un premier disque bâti autour d’un seul registre.

Le travail se poursuit après les séances dirigées par Burnett. Scott Litt, notamment associé à R.E.M. et Indigo Girls, intervient pour les mixages finaux. Une chanson arrive même tard dans le processus : Raining in Baltimore est ajoutée après ces mixages. Sa présence montre que le contenu et le séquençage du disque restent ouverts jusqu’aux dernières étapes de sa fabrication.

Cette attention ne transforme pas pour autant le groupe en simple produit de studio. Les onze titres prolongent le matériau narratif qui avait distingué ses démos. Anna Begins, régulièrement mise en avant parmi les morceaux marquants du disque, associe ainsi récit introspectif et arrangements roots rock. Elle contribue à donner à l’album une identité qui ne repose pas uniquement sur le futur succès de Mr. Jones.

Le 14 septembre 1993, deux visages de DGC

August and Everything After paraît aux États-Unis le 14 septembre 1993, en CD, cassette et vinyle. Une coïncidence éditoriale le place immédiatement dans un contexte particulier : DGC publie le même jour In Utero de Nirvana. Le label met donc en circulation simultanément deux propositions très différentes du rock américain des années 1990, sans qu’il soit possible d’y voir une stratégie concertée.

Pour Counting Crows, cette sortie ne provoque pas d’explosion immédiate. Pendant les trois premiers mois, le pari financier de Geffen peut même donner l’impression de tourner au revers. Le groupe possède un album longuement préparé, une production confiée à des personnalités reconnues et le soutien d’une grande maison de disques, mais il lui manque encore le morceau capable de faire basculer sa visibilité.

Ce morceau est déjà sur le disque. Construit autour d’un personnage et du rêve de célébrité, Mr. Jones est choisi comme titre accrocheur susceptible de porter l’album auprès des radios rock et pop. Sa diffusion radiophonique et télévisuelle finit par entraîner une forte progression des ventes. L’histoire racontée dans la chanson prend alors une résonance concrète : Counting Crows découvre lui-même la célébrité que son single place au centre du récit.

Quand Mr. Jones renverse le démarrage

Le succès tardif du single modifie toute la trajectoire de August and Everything After. Counting Crows, encore groupe régional peu auparavant, s’installe sur la scène rock nationale américaine. L’album atteint ensuite sept certifications platine aux États-Unis et autant au Canada. Il devient également platine au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Ces résultats dépassent largement le simple lancement réussi d’un premier disque. Ils donnent au groupe une visibilité durable et un statut important sur le circuit des tournées. Plusieurs décennies plus tard, les chansons d’August and Everything After restent présentes dans ses concerts et au centre de son image publique. L’album demeure aussi accessible dans le catalogue numérique de Geffen.

À 33 ans exactement, le disque conserve surtout la trace d’un enchaînement peu ordinaire : douze chansons enregistrées en démo circulent sur la côte Ouest, Gary Gersh pousse la porte du Paradise Lounge, Geffen accorde au groupe une marge de contrôle notable, puis T Bone Burnett installe le projet entre un manoir vide et plusieurs studios de Los Angeles. Quelques mois après une sortie hésitante, Mr. Jones fait le reste : il transforme ce pari de premier album en septuple disque de platine aux États-Unis.