Out of Our Heads : les Rolling Stones célèbrent 61 ans d’un album charnière


30 juillet 2026

Le 30 juillet 1965, London Records publie aux États-Unis Out of Our Heads, quatrième album studio américain des Rolling Stones. Le groupe possède déjà une discographie bien fournie et s’est fait connaître en puisant largement dans le blues et le rhythm and blues américains. Ce nouveau disque reste fidèle à ces racines, tout en laissant apparaître une évolution décisive : les chansons signées Jagger/Richards occupent une place croissante.

 

Cette transition ne repose pas sur une rupture nette. Out of Our Heads conserve de nombreuses reprises et réunit des enregistrements réalisés à des moments différents. Mais la présence de (I Can’t Get No) Satisfaction dans l’édition américaine modifie la portée de l’ensemble. Premier single des Rolling Stones à atteindre la première place aux États-Unis, le titre accompagne leur accession au sommet du classement américain des albums.

 

Un disque assemblé sur plusieurs mois

 

La conception d’Out of Our Heads s’étend de novembre 1964 à mai 1965. Sous la direction du producteur Andrew Loog Oldham, les Rolling Stones travaillent principalement entre Chess Studios à Chicago et RCA Studios à Hollywood. Certains titres ou certaines retouches sont également réalisés à Londres.

 

Cette géographie éclatée correspond à la nature même du projet. L’album n’est pas issu d’une unique série de séances pensée comme un bloc homogène. Il rassemble des morceaux enregistrés à différentes étapes, certains antérieurs, d’autres achevés plus près de sa publication.

 

Pendant cette période, le groupe continue d’explorer le répertoire américain qui a façonné ses premiers disques. Les séances comprennent un travail autour de chansons associées à Sam Cooke, Marvin Gaye, Chuck Berry, Bo Diddley et Solomon Burke. Out of Our Heads demeure ainsi profondément lié au rhythm and blues et à la soul, alors même que les créations originales commencent à changer l’équilibre.

 

Jagger et Richards gagnent du terrain

 

Avant cet album, les compositions de Mick Jagger et Keith Richards sont déjà présentes dans le catalogue des Rolling Stones. Elles cohabitent toutefois avec une forte proportion de reprises. Out of Our Heads rend cette évolution plus visible sans encore abandonner la formule des débuts.

 

Le disque constitue le dernier album du groupe construit de façon aussi importante autour de reprises rhythm and blues avant Aftermath, davantage centré sur le travail d’auteur-compositeur. Sa place dans la discographie tient donc à cette situation intermédiaire : les Stones y conservent leur socle musical tout en préparant un autre mode de création.

 

Cette progression du duo Jagger/Richards trouve son point d’appui le plus spectaculaire dans (I Can’t Get No) Satisfaction. Intégrée à l’édition américaine, la chanson devient le premier numéro un du groupe parmi les singles aux États-Unis. Elle donne également à cette version d’Out of Our Heads un poids commercial particulier.

 

Satisfaction au centre de l’édition américaine

 

La présence de (I Can’t Get No) Satisfaction permet de comprendre la logique de publication américaine. En 1965, un album des Rolling Stones ne prend pas nécessairement la même forme selon le marché auquel il est destiné. Les morceaux disponibles, notamment ceux déjà exploités en single, peuvent être répartis différemment.

 

Out of Our Heads illustre pleinement cette pratique. La version américaine paraît chez London Records le 30 juillet, avec une sélection qui inclut davantage de titres liés aux singles américains. Ce choix réunit sur un même disque le travail encore très tourné vers les reprises et la chanson qui matérialise la progression créative de Jagger et Richards.

 

Le résultat devient le premier album des Rolling Stones classé numéro un aux États-Unis. Il est aussi leur premier disque américain certifié platine. Ces résultats donnent une dimension concrète à la mutation en cours : le groupe ne se contente plus d’interpréter un répertoire venu du blues, du rhythm and blues et de la soul, mais obtient désormais son plus grand succès américain avec une composition originale.

 

Deux Out of Our Heads pour deux marchés

 

Près de deux mois après la parution américaine, une autre version d’Out of Our Heads arrive au Royaume-Uni. Decca Records la publie le 24 septembre 1965. Elle représente le troisième album studio britannique des Rolling Stones et se distingue par sa pochette comme par sa liste de morceaux.

 

L’édition britannique conserve moins de chansons provenant des singles exploités aux États-Unis. Sous un titre identique se trouvent donc deux albums sensiblement différents, façonnés par les stratégies propres à chaque territoire. Cette distinction explique pourquoi Out of Our Heads ne peut être raconté à partir d’une seule liste de titres.

 

Au Royaume-Uni, le disque atteint la deuxième place des classements, derrière Help! des Beatles. Son parcours s’inscrit ainsi dans la forte concurrence entre les deux groupes durant l’été 1965, tandis que la version américaine s’installe au premier rang de son propre marché.

 

Le point de rencontre entre deux périodes

 

Soixante et un ans après sa sortie américaine, Out of Our Heads permet d’observer les Rolling Stones à un moment précis de leur évolution. Le disque appartient encore largement à la période durant laquelle le groupe reprend les musiques américaines qui l’ont inspiré. Dans le même temps, les chansons de Jagger et Richards cessent progressivement d’être un simple complément.

 

Le rôle de (I Can’t Get No) Satisfaction, les résultats obtenus aux États-Unis et l’existence de deux éditions territoriales donnent à cet album une histoire singulière. Out of Our Heads documente moins un changement achevé qu’un passage en cours : celui d’un groupe fortement ancré dans les reprises vers une formation accordant une place centrale à ses propres auteurs.