Pat Smear souffle 67 bougies : du chaos punk aux Foo Fighters


05 août 2026

Pat Smear apparaît à 67 ans toujours comme un musicien de groupe avant tout. De la fureur de The Germs aux grandes scènes des Foo Fighters, en passant par les derniers mois de Nirvana, sa guitare a souvent rempli la même fonction : apporter de la matière, consolider les arrangements et servir les chansons sans réclamer toute la lumière.

 

Né Georg Albert Ruthenberg le 5 août 1959 à Los Angeles, le guitariste a construit son parcours par rencontres et réorientations successives. Une amitié adolescente l’a plongé dans le punk, un appel de Kurt Cobain l’a placé au cœur de Nirvana et sa relation musicale avec Dave Grohl lui a permis de participer à la naissance, au départ puis au développement des Foo Fighters.

 

Une amitié adolescente à l’origine de The Germs

 

Au début des années 1970, Georg Ruthenberg se lie avec Jan Paul Beahm, qui prendra bientôt le nom de Darby Crash. Les deux adolescents fréquentent la scène underground de Los Angeles. Cette proximité débouche en 1976 sur la création de The Germs, avec Lorna Doom à la basse et Don Bolles à la batterie, après des débuts auxquels participe également Dottie Danger.

 

Ruthenberg devient Pat Smear, un nom de scène fondé sur un jeu de mots médical volontairement provocateur. L’humour noir correspond à l’esprit de cette scène punk locale, où le choc verbal accompagne une musique encore en construction. The Germs se fait rapidement connaître pour ses prestations chaotiques, au point que Smear résumera plus tard leur intention avec une formule sèche : « On essayait juste d’être le pire groupe possible. »

 

Derrière la provocation, sa guitare impose pourtant une première constante. Le jeu est agressif, mais conserve un sens mélodique qui structure les morceaux autour de la voix de Darby Crash. Cette tension entre désordre apparent et précision musicale va suivre Pat Smear bien au-delà de ses années punk.

 

Joan Jett canalise The Germs sur (GI)

 

En 1979, The Germs entre en studio pour enregistrer son unique album, (GI). Joan Jett en assure la production et donne une forme durable à l’énergie brute d’un groupe dont les concerts ont installé une réputation sulfureuse. Le disque permet surtout d’entendre ce que le tumulte scénique pouvait parfois masquer : une véritable architecture de chansons.

 

La guitare de Smear relie les structures mélodiques à la fureur vocale de Crash. L’enregistrement transforme ainsi l’instabilité des Germs en un langage musical cohérent, sans effacer son tranchant. (GI) devient rapidement un jalon important du punk américain.

 

Cette première aventure s’interrompt brutalement à la fin de 1980. Après la mort par suicide de Darby Crash, The Germs se dissout et Pat Smear perd le groupe né de son amitié adolescente. Il doit dès lors retrouver une place dans un paysage musical qui continue d’évoluer sans son projet fondateur.

 

Des années de transition avant l’appel de Kurt Cobain

 

Au cours des années 1980, Smear refuse de s’enfermer dans son passé avec The Germs. Il rejoint notamment The Adolescents, collabore avec Nina Hagen, apparaît dans quelques films et publie deux disques sous son nom : Ruthensmear en 1987, puis So You Fell in Love with a Musician… en 1992.

 

Ce parcours dispersé entretient sa présence dans les scènes punk et alternative de Californie. Au tournant des années 1990, il refuse même une proposition de remplacer John Frusciante au sein des Red Hot Chili Peppers. Sa carrière change pourtant d’échelle peu après, par un moyen particulièrement direct.

 

En 1993, Kurt Cobain le contacte personnellement pour lui proposer de devenir le second guitariste de Nirvana pendant la tournée d’In Utero. Pat Smear racontera simplement l’épisode : « Kurt m’a appelé et m’a demandé si je voulais jouer de la guitare dans Nirvana. » Le vétéran de l’underground rejoint alors Cobain, Dave Grohl et Krist Novoselic sur scène.

 

Pat Smear, deuxième guitare des derniers concerts de Nirvana

 

Smear apparaît avec Nirvana dès 1993, notamment lors de l’émission Saturday Night Live en septembre. Il accompagne ensuite le groupe tout au long de la tournée d’In Utero, jusqu’à la mort de Kurt Cobain au printemps 1994. Sa présence permet à Nirvana d’étoffer ses parties de guitare en concert sans modifier l’équilibre central du trio.

 

La session MTV Unplugged in New York montre une autre facette de ce rôle. Dans cette configuration acoustique volontairement dépouillée, Pat Smear double certaines parties, stabilise les arrangements et ajoute des contre-mélodies discrètes. L’ancien guitariste des Germs ne cherche plus à canaliser le chaos d’une scène punk : il soutient ici la fragilité choisie par Nirvana.

 

Cette capacité d’adaptation explique la cohérence d’un itinéraire qui pourrait, à première vue, sembler fait de ruptures. Smear ne joue pas de la même manière avec The Germs et Nirvana, mais conserve une même attention à l’espace laissé aux autres musiciens.

 

Avec Foo Fighters, des guitares épaissies puis un départ

 

Après la dissolution de Nirvana, Dave Grohl lance Foo Fighters en 1995. Pat Smear rejoint la première mouture du groupe et accompagne le passage d’un projet initial largement porté par Grohl à une formation constituée. Son expérience du punk et de la scène apporte un point d’appui à ce nouveau départ.

 

Sa contribution se précise sur The Colour and the Shape, deuxième album des Foo Fighters, publié en 1997. Smear participe à l’épaississement des textures de guitare et aux contrastes entre les couplets mélodiques et les refrains saturés. Le travail réalisé autour de titres comme « Everlong » et « My Hero » aide le groupe à stabiliser une formule de rock alternatif à la fois énergique et mélodique.

 

Peu après la sortie du disque, Pat Smear quitte pourtant les Foo Fighters pendant la tournée de promotion. Cette décision personnelle interrompt sa collaboration avec Dave Grohl et le place temporairement en retrait au moment où le groupe prend de l’ampleur.

 

Le retour progressif de Pat Smear au sein des Foo Fighters

 

Le lien n’est pas définitivement rompu. À partir de 2006, Smear revient comme guitariste de tournée, avant de redevenir officiellement membre du groupe autour de 2010. Il participe notamment à Wasting Light en 2011 et consolide sa position de troisième guitariste, avec un rôle fondé sur l’expérience et le travail collectif.

Dans les années 2020, il continue à se produire avec les Foo Fighters lors des tournées liées aux albums récents du groupe. Sa présence actuelle prolonge une trajectoire commencée cinquante ans plus tôt dans l’underground de Los Angeles, mais sans effacer les écarts qui la composent : la violence contenue de (GI), la délicatesse du MTV Unplugged de Nirvana et les couches de guitares de The Colour and the Shape.

 

Pat Smear a plusieurs fois changé de cadre sans renoncer à sa manière d’occuper l’espace. Il préfère jouer en retrait, renforcer un morceau et laisser le groupe passer avant l’individu. À l’approche de son anniversaire, réécouter « Everlong », « My Hero » ou la session acoustique de Nirvana permet d’entendre cette présence rarement démonstrative, mais précisément placée.