07 août 2026
Pour son 45e anniversaire, Pretenders II rappelle combien le deuxième album des Pretenders fut pris entre deux mouvements contraires. Lorsqu’il paraît en août 1981, le groupe doit répondre aux attentes nées de son premier disque, tout en proposant un projet dont plusieurs chansons circulent déjà. Quelques mois plus tard, la disparition de deux de ses membres transforme cet album studio en dernier témoignage de la formation originale.
Un deuxième album placé sous une attente immédiate
En 1980, le premier album Pretenders a installé la formation parmi les réussites commerciales et critiques de la new wave britannique. Porté notamment par « Brass in Pocket », le disque place Chrissie Hynde, James Honeyman-Scott, Pete Farndon et Martin Chambers face à une attente importante dès la préparation de son successeur.
Pretenders II arrive dans cette continuité directe. Chrissie Hynde assure le chant et la guitare, James Honeyman-Scott tient la guitare, Pete Farndon la basse et Martin Chambers la batterie. Le groupe ne cherche pas un nouveau producteur : Chris Thomas, déjà impliqué dans le premier album, retrouve les quatre musiciens.
Cette continuité accompagne un calendrier resserré entre les deux disques. Des rétrospectives publiées ultérieurement décriront Pretenders II comme un album précipité ou trop proche de son prédécesseur. Ce regard tient autant à la rapidité de sa parution qu’à la présence de morceaux déjà connus lorsque l’album arrive dans les bacs.
De Londres à Paris avec Chris Thomas
Les séances se déroulent entre 1980 et 1981, principalement aux Wessex Studios de Londres et aux studios Pathé Marconi de Paris. Elles réunissent des compositions nouvelles et des titres que le groupe a déjà eu l’occasion de roder sur scène.
Les Wessex Studios ont alors déjà accueilli plusieurs formations liées au punk et à la new wave, dont les Sex Pistols. Chris Thomas connaît lui-même cet environnement pour avoir travaillé avec ce groupe, ainsi qu’avec Roxy Music. Avec les Pretenders, il s’appuie toutefois sur une relation déjà installée plutôt que sur une rupture dans la méthode de production.
Ce choix permet de conserver le même cadre de travail que pour le premier album. Il souligne aussi le paradoxe de Pretenders II : le disque doit prolonger une formule qui vient de rencontrer son public, alors même que sa fabrication et sa publication alimenteront l’impression d’une transition menée dans l’urgence.
Deux chansons déjà connues avant la sortie
« Message of Love » occupe une place centrale dans cette histoire. Écrite par Chrissie Hynde et enregistrée par la formation originale sous la direction de Chris Thomas, la chanson paraît d’abord en single et sur l’EP américain Extended Play. Elle est donc déjà familière d’une partie du public avant son intégration à Pretenders II.
Le parcours de « Talk of the Town » est similaire. Également signée Chrissie Hynde et enregistrée pendant les sessions de 1980 et 1981, elle figure elle aussi sur Extended Play avant de rejoindre le deuxième album. Les présentations éditoriales du disque mettront régulièrement ces deux chansons en avant parmi ses principaux titres.
Cette publication anticipée donne à Pretenders II une configuration particulière. Deux morceaux appelés à représenter l’album ont déjà été diffusés auprès des auditeurs et des radios. Au lieu d’être découvert comme un ensemble entièrement nouveau, le disque rassemble ainsi du matériel inédit et des chansons déjà identifiées, nourrissant les commentaires sur son caractère de prolongement du premier album.
« I Go to Sleep », le lien avec Ray Davies
Pretenders II ne repose pas uniquement sur les chansons déjà publiées. Avec « I Go to Sleep », Chrissie Hynde choisit de reprendre un titre écrit par Ray Davies dans les années 1960. La chanteuse est alors proche du leader des Kinks, ce qui donne à cette reprise un lien à la fois personnel et artistique.
Produite par Chris Thomas, la version des Pretenders met la voix de Hynde au premier plan. Son arrangement, plus dépouillé et mélancolique que celui des titres rock présents sur le disque, introduit un autre registre au sein de l’album. Cette reprise élargit ainsi le récit de Pretenders II au-delà de la seule nécessité de fournir rapidement de nouvelles chansons.
Les rétrospectives ont également retenu des titres comme « Day After Day », « The Adultress » et « Birds of Paradise ». Sans effacer les réserves liées au calendrier de sortie et au réemploi de chansons déjà commercialisées, ces morceaux sont cités comme des traces de la cohésion encore présente au sein du groupe pendant les séances.
Un top 10 des deux côtés de l’Atlantique
Malgré les débats sur sa proximité avec le premier disque, Pretenders II obtient des résultats significatifs. L’album atteint la septième place du classement britannique et la dixième place du Billboard 200 aux États-Unis.
Il reçoit également une certification Silver de la BPI au Royaume-Uni. Aux États-Unis, la RIAA lui attribue une certification Gold correspondant à plus d’un demi-million d’exemplaires vendus. Ces résultats confirment que les attentes entourant les Pretenders se traduisent encore dans les classements au moment de la sortie du deuxième album.
La trajectoire du groupe change pourtant rapidement. James Honeyman-Scott meurt en juin 1982. Pete Farndon, renvoyé de la formation, disparaît à son tour ultérieurement dans des circonstances liées à la drogue. Chrissie Hynde doit alors recomposer le groupe pour les projets suivants.
Le dernier album de la formation originale
Ces événements font de Pretenders II le dernier album studio enregistré par le quatuor formé de Chrissie Hynde, James Honeyman-Scott, Pete Farndon et Martin Chambers. Ce statut n’était pas inscrit dans le projet au moment des séances de Londres et de Paris. Il s’est imposé avec l’éclatement de la formation au lendemain de sa publication.
Quarante-cinq ans après sa sortie, l’album reste ainsi associé à une période très courte : celle où les Pretenders tentaient de prolonger l’élan de leurs débuts avec des chansons nouvelles, des morceaux déjà diffusés et une équipe de production inchangée. Son édition deluxe en trois CD, publiée par Warner Music avec l’album remasterisé, des faces B, des raretés et des enregistrements en concert, permet aujourd’hui de replacer ces sessions dans un ensemble plus large.
Réécouter « Message of Love », « Talk of the Town » et « I Go to Sleep » revient dès lors à retrouver un groupe encore réuni, juste avant une rupture humaine et musicale qui obligera Chrissie Hynde à reconstruire les Pretenders.