John Deacon : trois chansons pour comprendre le compositeur discret de Queen


19 août 2026

Né le 19 août 1951 à Oadby, près de Leicester, John Deacon fête aujourd’hui ses 75 ans. Bassiste et auteur-compositeur de Queen, il s’est imposé sans occuper le devant de la scène. De « You’re My Best Friend » à « Another One Bites the Dust » et « I Want to Break Free », ses chansons racontent comment sa culture soul, son sens du rythme et sa sobriété ont élargi le langage musical du groupe.

Les premières paroles de « Another One Bites the Dust » ressemblaient à une histoire de western. John Deacon les trouvait trop légères et n’osait pas les montrer aux autres membres de Queen. Cette ébauche abandonnée résume une partie du parcours du bassiste, qui fête aujourd’hui ses 75 ans : des idées longtemps gardées en retrait, puis transformées en chansons capables de modifier la trajectoire du groupe.

Chez Queen, Deacon n’est pas celui qui occupe le plus d’espace. Son tempérament calme a même contribué à son recrutement. Mais derrière cette réserve se trouve un compositeur nourri de soul et de rhythm and blues, attentif aux lignes de basse, aux structures rythmiques et aux mélodies accessibles. Trois chansons permettent particulièrement de mesurer ce rôle : « You’re My Best Friend », « Another One Bites the Dust » et « I Want to Break Free ».

Le calme de John Deacon devient un atout pour Queen

Avant Queen, John Richard Deacon joue d’abord de la guitare. À 14 ans, il rejoint The Opposition, son premier groupe, puis passe à la basse. En 1969, il quitte cette formation pour étudier l’électronique à Chelsea College, à Londres. Ce double profil de musicien et d’étudiant en électronique deviendra un atout technique au sein de Queen.

Le 1er mars 1971, le groupe le recrute à Imperial College London après avoir essayé plusieurs bassistes. John Deacon est alors le plus jeune des quatre membres. Sa maîtrise de l’instrument compte, mais son caractère intervient également dans la décision : Brian May et Roger Taylor apprécient qu’il ne cherche pas à concurrencer la présence de Freddie Mercury.

Cette discrétion ne signifie pourtant pas qu’il reste cantonné à l’accompagnement. Deacon joue occasionnellement des claviers et de la guitare, participe aux arrangements rythmiques et développe progressivement sa place de compositeur. Son goût ancien pour la soul et le rhythm and blues fournit un fil conducteur à des chansons qui vont ouvrir Queen à une écriture plus directement pop et funk.

« You’re My Best Friend », une déclaration privée portée par Freddie Mercury

Au milieu des années 1970, John Deacon écrit « You’re My Best Friend » pour sa femme. Le point de départ est personnel et la déclaration volontairement simple. La chanson repose sur une mélodie accessible, une ligne de basse chaleureuse et un usage marqué des claviers, tandis que Freddie Mercury en assure le chant.

Le morceau devient l’un des grands succès de Queen. Il révèle surtout une manière de composer distincte de celle de Mercury et de May : Deacon privilégie ici la concision et l’efficacité mélodique. Une émotion privée change ainsi d’échelle sans que son auteur ait besoin de se placer lui-même au centre de l’interprétation.

Ce premier succès d’envergure installe une contradiction qui accompagnera durablement le bassiste. Son image reste celle d’un membre en retrait, alors que ses compositions prennent une place de plus en plus visible dans le répertoire du groupe.

À New York, une ligne de basse ouvre la voie à « Another One Bites the Dust »

La chanson qui exprime le plus clairement les racines soul et funk de John Deacon naît à la fin des années 1970. Au Power Station de New York, il entend la ligne de basse de « Good Times » de Chic, jouée par Bernard Edwards. Cette référence nourrit le riff minimaliste autour duquel il construit « Another One Bites the Dust », destiné à l’album The Game.

L’idée initiale est réduite à l’essentiel. « Je l’entendais comme un morceau pour danser mais je n’avais aucune idée qu’il deviendrait aussi grand », expliquera rétrospectivement Deacon. Le compositeur apporte ensuite ce matériau aux sessions de Queen à Munich, où le groupe enregistre le backing track.

C’est à ce moment que la chanson change de direction. Deacon avait imaginé des paroles légères, inspirées par l’expression « bite the dust » et construites autour d’un univers de cow-boy. Embarrassé par cette première version, il la garde pour lui. Lorsque la base instrumentale prend une tonalité plus sombre et massive, il abandonne entièrement ses couplets et les réécrit afin de les adapter à la nouvelle intensité du morceau.

Cette transformation éclaire sa méthode. « Another One Bites the Dust » ne résulte pas d’un plan fixé dès le départ, mais d’un dialogue entre une référence entendue à New York, un riff de basse, le travail collectif en studio et la réécriture. Le goût pour la soul acquis dans sa jeunesse trouve alors une expression directe au sein de Queen.

« I Want to Break Free » confirme une direction plus pop

Dans les années 1980, John Deacon signe « I Want to Break Free ». La structure rythmique, le groove pop-funk et l’efficacité mélodique du morceau prolongent le chemin ouvert par ses précédentes compositions. La vidéo, dans laquelle les membres de Queen apparaissent habillés en femmes au sein d’un décor de sitcom britannique, donne à la chanson une exposition considérable.

Cette image publique très commentée ne doit pas masquer le rôle du bassiste dans sa conception. Une nouvelle fois, l’un des titres les plus identifiables du groupe vient du membre le moins démonstratif. Deacon contribue ainsi à déplacer Queen vers des formats pop et funk sans renoncer à sa fonction première dans la section rythmique.

Sa participation à « Under Pressure », coécrit par Queen et David Bowie, apporte un autre éclairage. Au cours de cette session collaborative du début des années 1980, il intervient dans la construction de la ligne de basse et de la partie rythmique. Qu’il écrive seul ou au sein d’un collectif, son instrument devient un élément structurant de la chanson.

La disparition de Freddie Mercury provoque une rupture

La mort de Freddie Mercury, en novembre 1991, interrompt cette histoire collective. Profondément affecté, John Deacon réduit fortement ses activités musicales et formule publiquement une position sans ambiguïté : « Cela ne sert à rien de continuer. Il est impossible de remplacer Freddie. »

Il ne disparaît cependant pas immédiatement. En 1992, il participe au Tribute Concert consacré au chanteur. Il joue ensuite lors d’un concert caritatif avec Roger Taylor en 1993, puis apparaît une dernière fois sur scène en 1997 pour « The Show Must Go On » avec Elton John.

Ces trois concerts constituent ses seules apparitions publiques après la mort de Mercury. Ils dessinent moins une nouvelle période qu’une sortie progressive, jusqu’à la décision de ne plus jouer en public.

Une dernière séance avec Brian May et Roger Taylor

En octobre 1997, John Deacon retrouve encore Brian May et Roger Taylor en studio pour enregistrer « No-One but You (Only the Good Die Young) ». Publié sur la compilation Queen Rocks, le morceau est considéré comme le dernier titre original de Queen auquel le bassiste participe.

Après cet enregistrement, Deacon se retire de la vie musicale publique. Il ne prend pas part aux reformations scéniques ultérieures ni aux tournées de Queen avec Adam Lambert. Sa présence demeure liée aux droits d’auteur de ses chansons plutôt qu’aux activités actuelles du groupe.

À 75 ans, John Deacon reste ainsi associé à un paradoxe solidement inscrit dans l’histoire de Queen. Le musicien recruté en partie parce qu’il ne cherchait pas à prendre la lumière a écrit plusieurs des morceaux les plus exposés du groupe. De la déclaration directe de « You’re My Best Friend » au riff de « Another One Bites the Dust », puis à l’efficacité pop de « I Want to Break Free », sa discrétion n’a jamais limité son poids créatif.