19 août 2026
Sorti en Australie le 19 août 2011, Making Mirrors fête aujourd’hui ses 15 ans. Gotye l’a façonné pendant plusieurs années dans une grange construite par son père, parmi les instruments anciens, les sons captés dans la nature et les vinyles découpés puis réassemblés. De ce travail patient émergera notamment « Somebody That I Used to Know », une chanson qu’il a pourtant failli abandonner.
Dans la grange de ses parents, sur la Mornington Peninsula, Gotye connaît chaque défaut de la pièce devenue son principal espace de travail. Le lieu est rempli de matériel accumulé, mais son acoustique l’oblige à contourner plusieurs difficultés pendant l’enregistrement et le mixage. C’est pourtant là que prend forme Making Mirrors, publié en Australie il y a exactement 15 ans, le 19 août 2011.
Wally De Backer, le musicien derrière Gotye, a déjà sorti deux albums et acquis une certaine notoriété en Australie. Sa manière de travailler reste cependant fondée sur la patience, l’exploration et les changements de direction. Il le résumera simplement en 2012 : « Il me faut beaucoup de temps pour faire des disques. »
Une grange construite par son père devient le studio de Gotye
Entre 2008 et 2011, le projet se développe sur le terrain familial, dans l’État de Victoria. La grange a été construite par le père de Gotye, puis aménagée en studio. L’environnement éloigne l’album du fonctionnement d’un grand studio traditionnel, sans pour autant offrir des conditions idéales.
Gotye décrit en effet une pièce encombrée d’équipements, dont le rendu acoustique n’est pas très bon. Il doit tenir compte de ces limites pour parvenir au résultat recherché. La fabrication de Making Mirrors repose ainsi moins sur un lieu techniquement parfait que sur la connaissance minutieuse d’un espace, de ses outils et de ses défauts.
Des bruits de l’outback aux instruments de seconde main
Le travail commence souvent par une matière sonore isolée. Gotye peut partir d’un bruit capté dans la nature australienne, d’un clavier électronique trouvé par ses parents dans une boutique de seconde main ou d’un autoharp. Le son est transformé en boucle ou en texture, puis devient le point de départ autour duquel une chanson se construit.
Les sources s’accumulent au fil des années. Certaines proviennent du terrain de ses parents dans le Victoria, d’autres de l’outback du Queensland. À cela s’ajoutent un orgue électronique, différents pianos et des enregistrements récupérés sur des disques dénichés en friperie.
Gotye tente d’abord de ne pas sampler sa propre collection de disques. Il privilégie les instruments qu’il possède et les numérise afin de constituer sa matière de travail. À mesure que l’album avance, il retourne toutefois vers ses vieux vinyles et les sons qu’ils contiennent pour compléter l’ensemble.
« Eyes Wide Open » devait indiquer une direction
Au début du processus, Gotye envisage un album davantage orienté dans la direction de « Eyes Wide Open ». Il décrit cette piste comme plus ésotérique, moins contrainte par un tempo strict et associée à une production vaguement inspirée des années 1980.
Cette première piste ne devient pas un cadre définitif. D’autres idées et d’autres possibilités de production entraînent progressivement Making Mirrors vers une plus grande variété stylistique. Cette évolution correspond à la méthode de Gotye : chercher longtemps une direction sonore et émotionnelle, sans enfermer trop tôt le disque dans une formule unique.
Un vinyle transformé en nouvel instrument
Le traitement réservé à « Somebody That I Used to Know » résume cette façon de démonter puis de reconstruire les sons. Pour créer l’un de ses motifs mélodiques, Gotye enregistre d’abord un extrait de disque sur une platine. Il pose ses doigts sur le plateau afin de provoquer manuellement un vibrato.
L’enregistrement obtenu est ensuite découpé en une vingtaine de notes distinctes. Gotye les répartit sur un clavier, puis les rejoue pour former une nouvelle ligne mélodique. Un fragment fixé sur vinyle devient ainsi une matière modulable, au terme d’une opération qui mêle geste manuel, échantillonnage et recomposition.
La chanson presque abandonnée trouve une seconde voix
La technique ne résout pas immédiatement la structure de « Somebody That I Used to Know ». Après avoir écrit un premier couplet et un premier refrain, Gotye se heurte à un blocage. Plusieurs semaines passent sans qu’il parvienne à trouver comment achever le morceau.
« J’étais prêt à abandonner cette chanson », confiera-t-il à la BBC. La solution vient lorsqu’il décide d’introduire un deuxième point de vue : celui d’une femme répondant au premier narrateur. Cette partie sera finalement interprétée par Kimbra sur la version définitive.
La décision donne au morceau la forme qui lui manquait. Rien, dans sa fabrication laborieuse, ne permet alors à Gotye d’anticiper sa trajectoire commerciale. Il expliquera plus tard qu’il n’avait pas envisagé que cette chanson difficile à terminer puisse devenir un single pop classé numéro un à l’échelle mondiale.
De la sortie australienne à la diffusion internationale
Making Mirrors paraît en Australie le 19 août 2011 sous le label Eleven. Cette date australienne constitue celle de l’anniversaire célébré aujourd’hui. Une diffusion internationale suit, notamment par l’intermédiaire d’Island ou de Republic selon les territoires ; une date nord-américaine du 30 août 2011 est également documentée.
Autour de la parution, une présentation à l’Opéra de Sydney est annoncée dans le cadre du Graphic Festival. Le projet prévoit d’associer Gotye à des animateurs et à un orchestre d’environ dix musiciens pour interpréter les nouvelles chansons. Ce dispositif annoncé traduit déjà l’ambition de faire passer sur scène un album construit à partir d’une multitude de fragments.
Le morceau inachevé ouvre l’album au monde
La diffusion de « Somebody That I Used to Know » donne ensuite à Gotye une visibilité internationale. Le titre atteint la première place des classements dans plusieurs pays et porte largement la trajectoire de Making Mirrors hors d’Australie.
Les résultats cumulés documentent ce changement d’échelle : environ 210 000 exemplaires de l’album sont vendus en Australie et plus de 600 000 aux États-Unis. Le disque obtient notamment une certification quadruple platine en Australie et double platine aux États-Unis comme en Nouvelle-Zélande.
Quinze ans après sa sortie australienne, Making Mirrors ramène ainsi à un lieu modeste et imparfait : une grange familiale dont Gotye connaissait les contraintes, remplie d’instruments, de machines et de sons collectés. L’album s’est construit moins autour d’un plan figé que par l’accumulation patiente de pistes, de textures et de solutions techniques.
Son histoire tient aussi à une hésitation décisive. La chanson qui allait donner au disque sa portée internationale était restée bloquée après un couplet et un refrain. En lui ajoutant une autre voix et un autre point de vue, Gotye a finalement achevé le morceau qu’il envisageait de laisser de côté — dernier assemblage déterminant d’un album entièrement façonné par fragments.