« Hey Now » : Cyndi Lauper réinvente ses tubes pour Twelve Deadly Cyns...and Then Some


22 août 2026

Sorti en Europe le 22 août 1994, Twelve Deadly Cyns...and Then Some fête aujourd’hui ses 32 ans. Après l’accueil commercial limité de Hat Full of Stars, Cyndi Lauper ne se contente pas d’aligner ses succès : elle revisite « Girls Just Want to Have Fun », réenregistre « I’m Gonna Be Strong » et adapte sa sélection au public européen.

En 1994, Cyndi Lauper reprend l’une de ses chansons les plus connues, ralentit son tempo et lui donne une rythmique reggae-pop accompagnée de chœurs. Rebaptisée « Hey Now (Girls Just Want to Have Fun) », cette nouvelle version devient la porte d’entrée de Twelve Deadly Cyns...and Then Some, compilation publiée en Europe le 22 août 1994 et qui célèbre aujourd’hui ses 32 ans.

Le geste résume le projet : revenir sur une décennie de chansons sans simplement la reproduire. Autour des singles issus des quatre premiers albums studio de Lauper pour Epic, le disque accueille des enregistrements nouveaux, des versions remaniées et, selon les éditions, un titre dont l’histoire passe par Starmania. Ce best of prend ainsi la forme d’une tentative de repositionnement au milieu des années 1990.

Après Hat Full of Stars, le choix du best of

Twelve Deadly Cyns...and Then Some paraît un an après Hat Full of Stars, album plus sombre et socialement engagé dont les résultats commerciaux ont été plus limités. Epic privilégie alors une compilation capable de remettre les succès des années 1980 au premier plan tout en maintenant Cyndi Lauper dans l’actualité.

Le socle du disque est clairement défini. La sélection puise dans She’s So Unusual, True Colors, A Night to Remember et Hat Full of Stars. « Time After Time », « She Bop », « All Through the Night », « True Colors », « I Drove All Night » ou encore « Who Let in the Rain » dessinent le parcours couvert par la compilation, des premiers succès jusqu’au disque de 1993.

Son titre lui-même refuse toutefois la solennité. Twelve Deadly Cyns...and Then Some détourne l’expression anglaise des « deadly sins », les péchés capitaux, en remplaçant « sins » par « cyns », un jeu de mots autour du prénom de Cyndi Lauper. L’autodérision permet de présenter ces chansons comme ses propres « péchés » pop, tout en laissant entendre que la sélection ne s’arrête pas aux douze annoncés.

« Girls Just Want to Have Fun » change d’époque

La transformation la plus nette concerne « Girls Just Want to Have Fun ». Au lieu de reprendre tel quel l’enregistrement de 1983, Lauper et son équipe conçoivent « Hey Now (Girls Just Want to Have Fun) ». Le tempo devient plus posé, l’arrangement s’oriente vers une couleur reggae-pop et les chœurs occupent une place importante. La version s’éloigne ainsi de l’habillage new wave associé au premier enregistrement.

Ce choix donne à la compilation un morceau inédit susceptible de conduire vers le reste du catalogue. « Hey Now » est retenu comme premier single et bénéficie, en septembre 1994, d’un clip ainsi que d’une campagne promotionnelle. L’image présentée est celle d’une Cyndi Lauper plus adulte, dans le prolongement du virage amorcé sur Hat Full of Stars.

La chanteuse expliquera rétrospectivement avoir voulu montrer d’autres facettes de ses chansons plutôt que répéter les années 1980. Dans Twelve Deadly Cyns...and Then Some, cette intention apparaît moins comme une rupture avec le passé que comme une manière de reprendre la main sur sa présentation. Le tube reste immédiatement identifiable, mais il devient aussi le signe que cette compilation n’est pas seulement une succession d’enregistrements déjà publiés.

Une nouvelle version d’« I’m Gonna Be Strong »

« Hey Now » n’est pas le seul morceau à apporter du contenu nouveau. Cyndi Lauper réenregistre également « I’m Gonna Be Strong », reprise d’un standard des années 1960. Cette version repose sur un arrangement plus dépouillé que ses productions des années 1980 et place davantage sa voix au premier plan.

Au sein d’une sélection largement construite autour des singles pop, le morceau montre une facette plus dramatique et vocale de la chanteuse. « Come On Home » figure lui aussi parmi les ajouts spécifiques au projet. Ces titres offrent un intérêt supplémentaire à ceux qui possèdent déjà les albums originaux et évitent de réduire le disque à une simple opération de recyclage.

De Starmania au public européen

La composition de la compilation varie selon les territoires, et « The World Is Stone » occupe une place particulière dans certaines éditions européennes. La chanson est la version anglaise du « Monde est stone », écrit par Michel Berger et Luc Plamondon pour Starmania. Tim Rice en adapte les paroles pour Tycoon, version anglophone de la comédie musicale, et Cyndi Lauper l’enregistre en 1992.

Publié le 25 mai 1992 au Royaume-Uni et en Europe, mais pas aux États-Unis, « The World Is Stone » rencontre un accueil particulièrement important en France. Le single atteint la deuxième place du Top 50, reste plus de trente semaines dans le classement et passe plus de trois mois consécutifs dans les cinq premières positions.

Sa présence dans les éditions européennes concernées de Twelve Deadly Cyns...and Then Some répond donc à une histoire locale très précise. Pour le public français, le morceau n’est pas une curiosité ajoutée à un répertoire américain : il appartient déjà aux succès identifiés de Cyndi Lauper. Cette différence de tracklist souligne combien le best of a été pensé en fonction de marchés où toutes ses chansons n’avaient pas connu le même parcours.

Une sortie européenne avant les États-Unis

La chronologie de publication confirme cet ancrage. Epic lance commercialement la compilation le 22 août 1994 au Royaume-Uni et en Europe, notamment en CD, cassette et minidisc. L’édition américaine n’arrive qu’à l’été 1995, soit près d’un an plus tard, dans le cadre d’une stratégie différenciée entre les deux territoires.

L’accueil suit lui aussi deux trajectoires. Au Royaume-Uni, Twelve Deadly Cyns...and Then Some atteint le top 20 des albums. Son impact demeure plus modeste aux États-Unis lors de la parution différée de 1995. Le contraste éclaire la place accordée à « The World Is Stone » sur certaines versions européennes et le rôle central donné à « Hey Now » dans la promotion du projet.

Trente-deux ans après sa sortie européenne, la compilation raconte donc autre chose qu’un simple bilan de carrière. Elle montre un label revenant aux titres les plus connus après les résultats limités de Hat Full of Stars, mais aussi une artiste qui choisit de ne pas présenter ce passé sous sa seule forme d’origine.

La nouvelle lecture de « Girls Just Want to Have Fun », le réenregistrement d’« I’m Gonna Be Strong » et l’intégration territoriale de « The World Is Stone » font converger plusieurs époques de la carrière de Cyndi Lauper. Sous son titre en forme de plaisanterie, Twelve Deadly Cyns...and Then Some organise ainsi un retour sur les années Epic tout en cherchant une manière de les faire entrer dans le milieu des années 1990.