Sur une plage des Bahamas, Lenny Kravitz façonne Black and White America


22 août 2026

Sorti en Europe le 22 août 2011, Black and White America de Lenny Kravitz fête aujourd’hui ses 15 ans. Pour créer ce disque consacré notamment à son histoire familiale et aux tensions raciales aux États-Unis, le musicien s’est retiré aux Bahamas. Pendant environ dix-huit mois, il a vécu dans une caravane face à son studio, entouré d’instruments anciens et de matériel analogique.

Une caravane Airstream stationnée sur une plage, un studio à quelques pas et des journées presque entièrement consacrées à la musique : c’est dans ce cadre que Lenny Kravitz a conçu Black and White America. Publié en Europe le 22 août 2011, l’album fête aujourd’hui ses 15 ans. Son histoire commence loin des États-Unis, alors même que le musicien choisit d’y aborder frontalement la question raciale américaine.

Ce contraste structure la naissance du projet. Kravitz travaille aux Bahamas, dans un lieu lié à sa famille maternelle, mais revient par l’écriture sur l’histoire de ses parents, un couple interracial confronté aux discriminations. Entre le retrait géographique, l’investissement personnel du multi-instrumentiste et les méthodes d’enregistrement choisies, le disque prend forme comme un projet étroitement contrôlé.

Une caravane face au studio de Gregory Town

Avant d’entamer Black and White America, Lenny Kravitz fait construire un studio en bord de mer à Gregory Town, aux Bahamas. Le terrain est associé à sa famille maternelle et le musicien décrit cet endroit comme un lieu de paix, suffisamment isolé pour lui permettre de se consacrer à son travail.

Le retrait n’a rien d’un simple séjour de quelques semaines. Kravitz s’installe dans une caravane Airstream placée sur la plage, juste devant le bâtiment. « J’ai en gros campé pendant un an et demi dans une caravane Airstream sur la plage », expliquera-t-il. Son trajet quotidien vers le studio se résume alors à traverser l’espace qui sépare son logement provisoire du lieu d’enregistrement.

Pendant environ dix-huit mois, il écrit et enregistre de manière quasi continue. Cette installation permet de comprendre la densité de son implication : le studio n’est pas seulement un lieu de passage, mais le centre d’une vie organisée autour de la fabrication de l’album.

« Black and White America », une histoire familiale devenue chanson

Dans cet isolement, Lenny Kravitz se tourne vers un sujet directement lié à sa propre histoire. Fils d’un couple interracial aux États-Unis, il s’appuie sur l’expérience de ses parents, confrontés aux discriminations, ainsi que sur sa perception des tensions raciales contemporaines dans le pays.

La chanson « Black and White America » donne au projet son titre et lui sert de manifeste. L’histoire familiale n’est donc pas reléguée à l’arrière-plan : elle fournit au disque son axe central. Le lieu de création, rattaché à la branche maternelle de sa famille, donne un relief supplémentaire à cette démarche, sans détourner le propos de la situation américaine évoquée dans le morceau.

L’album associe par ailleurs funk, rock et soul, avec des arrangements de cuivres confiés à des sections spécialisées. Pour le reste, Kravitz joue lui-même la quasi-totalité des instruments. Le sujet personnel du disque s’accompagne ainsi d’une méthode où son auteur conserve la main sur l’essentiel de l’interprétation.

Plus de 300 instruments réunis aux Bahamas

Le studio de Gregory Town concentre un parc de matériel constitué pendant près de vingt ans. Lenny Kravitz y installe notamment une collection de plus de 300 instruments, tout en s’appuyant plus régulièrement sur un noyau de quatre guitares. L’endroit rassemble ainsi des outils accumulés bien avant que Black and White America ne prenne forme.

Les séances reposent sur un dispositif mêlant plusieurs époques. Le musicien utilise une grande console Helios des années 1970 ayant appartenu à Leon Russell. Les prises sont enregistrées en analogique sur des magnétophones 3M et Studer, avant d’être transférées vers Pro Tools grâce au système CLASP pour le travail d’édition.

Cette chaîne de production permet de conserver l’enregistrement sur bande tout en intégrant les possibilités de l’édition numérique. Dans ce studio installé au bord de l’océan, le caractère retiré du lieu cohabite donc avec une organisation technique particulièrement fournie.

« Push », de Precious au studio

Parmi les chansons qui prolongent les préoccupations du disque, « Push » trouve son origine dans le roman et le film Precious. Lenny Kravitz apparaît dans le film dans le rôle d’un infirmier. L’histoire d’une jeune femme afro-américaine qui tente de surmonter les abus rejoint les thèmes de résilience et d’acceptation développés dans la chanson.

Le morceau est construit comme une ballade portée par le piano et les cuivres, avec un climat décrit comme quasi religieux. Son texte évoque la nécessité de continuer à avancer malgré les difficultés. Devenue le cinquième single de l’album, « Push » est publiée sous cette forme le 21 octobre 2011.

Cette chanson éclaire une autre dimension de Black and White America. À côté du récit familial qui nourrit le morceau-titre, Kravitz s’intéresse ici à une lutte individuelle pour l’acceptation. Les deux chansons suivent des chemins distincts, mais s’inscrivent dans les préoccupations documentées autour de la conception du disque.

Une photo d’enfance retrouvée à Paris

La pochette ramène elle aussi l’album vers l’histoire personnelle de Lenny Kravitz. L’image n’est pas réalisée spécialement pour le projet : elle provient d’un album de famille feuilleté à Paris avec son ami, le photographe Mathieu Bitton.

Bitton remarque une photographie de Kravitz enfant, avec un signe de paix peint sur le front, et lui suggère d’en faire la couverture. « Mathieu a sorti cette photo de moi enfant avec le signe de paix sur le front », racontera le musicien. Le choix établit un lien visuel direct entre l’enfant issu d’un couple interracial et le titre retenu pour le disque.

Une sortie européenne le 22 août 2011

La chronologie de publication varie selon les territoires et les formats. Black and White America est disponible en numérique aux États-Unis dès le 19 août 2011. La date célébrée aujourd’hui correspond à sa mise en vente européenne, notamment en France, le 22 août, sous les labels Roadrunner et Atlantic. Le 30 août est également cité comme date de sortie physique ou générale aux États-Unis.

Après sa publication, certains médias relèvent un accueil plus favorable dans les classements français que dans les charts américains, sans que les sources disponibles permettent d’en tirer un bilan chiffré précis. Ce décalage ajoute un dernier contraste au parcours d’un album consacré à l’Amérique, mais conçu à distance et davantage remarqué en France.

Quinze ans après cette sortie européenne, Black and White America reste disponible dans le catalogue physique et numérique de Lenny Kravitz. Aucune édition anniversaire majeure ni aucun coffret spécifique ne sont documentés à ce jour au-delà des éditions initiales et d’une réédition européenne parue en 2012.

La fabrication du disque raconte surtout la rencontre entre deux mouvements. Lenny Kravitz s’éloigne des États-Unis pour travailler dans un espace rattaché à sa famille, puis utilise cet isolement afin d’aborder son héritage et les tensions raciales de son pays. La caravane sur la plage, la console de Leon Russell, « Push » et la photographie d’enfance forment les différentes pièces d’un album dont le cadre de création est aussi personnel que son sujet.