The Kooks, huit ans après Let’s Go Sunshine : l’album reconstruit après un premier jet écarté


31 août 2026

Le 31 août 2018, The Kooks publiait son cinquième album studio, Let’s Go Sunshine. Huit ans plus tard, le disque célèbre aujourd’hui son anniversaire. Son histoire est celle d’un projet repris presque à zéro après plusieurs semaines d’enregistrement abandonnées, puis rebâti entre des maquettes domestiques de Luke Pritchard, des studios londoniens et une session décisive à Los Angeles.

 

Avant de devenir Let’s Go Sunshine, le nouvel album de The Kooks a d’abord pris la forme d’un disque que le groupe ne voulait finalement pas publier. L’écriture avait commencé vers 2015, après la période Listen, et plusieurs semaines avaient été consacrées à un premier travail en studio avec un producteur dont l’identité n’a pas été précisée. Le matériel était jugé correct, mais il ne correspondait pas à ce que les musiciens estimaient être véritablement The Kooks.

Plusieurs semaines d’enregistrement mises au placard

La décision est difficile : le groupe met de côté ce premier jet et reprend le projet avec de nouveaux producteurs. Ce choix donne à la fabrication de Let’s Go Sunshine sa dynamique principale. Plutôt que de poursuivre une version déjà avancée, The Kooks accepte de perdre plusieurs semaines de travail pour reconstruire un album plus conforme à ce qu’il souhaite présenter.

Cette remise à plat intervient au cours d’une écriture étalée sur plusieurs années. Luke Pritchard traverse alors deux périodes personnelles opposées, qui se retrouvent dans les textes. « Je venais d’un endroit sombre au début, avec beaucoup de chagrin, puis je suis tombé amoureux au milieu de l’album », explique le chanteur et principal auteur du groupe.

Let’s Go Sunshine se forme ainsi dans un mouvement de bascule : au projet abandonné répond un nouveau départ en studio, tandis qu’au chagrin amoureux des premières compositions succède une autre étape sentimentale. Le contexte ne suffit pas à résumer le disque, mais il éclaire la durée de sa gestation et les changements qui ont accompagné son écriture.

« Kids » et « Fractured and Dazed » naissent dans une chambre

Le redémarrage ne signifie pas que tout vient d’un grand studio. Plusieurs morceaux ont pour origine des maquettes très personnelles enregistrées par Luke Pritchard dans sa chambre. C’est notamment le cas de « Kids » et de « Fractured and Dazed », que le groupe développe ensuite à partir de ces premières versions domestiques.

« Kids » conserve dans le récit de Pritchard une facette rapide et plus nerveuse de l’album. « Fractured and Dazed » suit une trajectoire comparable : une démo solitaire sert de fondation avant que le morceau ne soit construit collectivement dans une direction plus rock et tendue. Ces deux chansons montrent que la reconstruction du projet ne repose pas seulement sur un changement de producteurs, mais aussi sur le retour à des idées élaborées au plus près de leur auteur.

La méthode permet à The Kooks de faire coexister des matériaux conçus dans l’intimité et un travail de groupe mené sur plusieurs sites. Une partie des enregistrements est réalisée à Londres. Une autre conduit les musiciens jusqu’à Los Angeles, dans un lieu qui apporte au projet un décor autrement plus singulier.

À Los Angeles, un ancien studio de Ray Charles voisin du Museum of Death

Une part significative de Let’s Go Sunshine est enregistrée au Boulevard Recording. Le studio de Los Angeles occupe un ancien espace de travail de Ray Charles et se trouve désormais partagé avec le Museum of Death. Luke Pritchard décrira cet environnement comme particulièrement étrange. L’endroit devient surtout le théâtre de l’un des épisodes les plus spontanés de l’album.

Composée vers la fin du processus, « No Pressure » ne devait initialement pas être enregistrée pendant ces séances. Le groupe la joue pourtant avec le jazzman Greg Foat à l’orgue B3. Deux prises suffisent pour fixer le morceau, la deuxième étant conservée. « On n’était même pas censés l’enregistrer et on l’a simplement fait », racontera Pritchard.

Le cadre californien se répercute aussi sur la manière dont le chanteur présente la chanson. Lors de la promotion du disque, il évoque des influences venues de l’environnement de Los Angeles qui se sont infiltrées dans « No Pressure ». Cette couleur contraste avec les titres plus nerveux issus des premières maquettes, tandis que les sessions londoniennes et américaines donnent à l’ensemble un mélange d’approches britanniques et américaines.

« All the Time », l’exact opposé de « No Pressure » en studio

La rapidité de « No Pressure » ne constitue pourtant pas une règle de fabrication. Avec « All the Time », The Kooks suit une méthode presque inverse. Selon Luke Pritchard, le groupe consacre à cette chanson davantage de temps en studio qu’à n’importe quelle autre piste de l’album.

Le contraste entre les deux morceaux résume les chemins empruntés pendant les séances. D’un côté, une chanson tardive qui n’était pas au programme et trouve sa version définitive dès la deuxième prise. De l’autre, un titre longuement travaillé. Ces histoires révèlent un album qui ne s’est pas construit selon un procédé uniforme, mais en adaptant le travail à chaque morceau.

The Kooks choisit précisément ces deux chansons pour présenter le projet. Au printemps 2018, « All the Time » et « No Pressure » sont dévoilées simultanément avec l’annonce de Let’s Go Sunshine. Le groupe confirme alors la sortie du disque pour le 31 août, sous le label indépendant Lonely Cat avec une distribution assurée par AWAL.

Une sortie indépendante et un retour dans le Top 10 britannique

Publié en CD, en vinyle et en téléchargement numérique, Let’s Go Sunshine devient la première sortie d’album de The Kooks sur Lonely Cat. Ce changement de cadre accompagne un disque déjà marqué par plusieurs ruptures : l’abandon d’une première version, l’arrivée de nouveaux producteurs et le partage des séances entre Londres et Los Angeles.

Après sa publication, l’album atteint la neuvième place du UK Albums Chart. Il s’agit alors du meilleur classement britannique du groupe depuis Konk, qui avait été numéro un en 2008. Ce résultat vient clore un parcours commencé trois ans plus tôt, bien avant que le projet ne trouve sa forme définitive.

Huit ans après sa sortie, la fabrication de Let’s Go Sunshine apparaît moins comme une progression linéaire que comme une succession de choix assumés. The Kooks a écarté des semaines d’enregistrement, repris ses chansons avec une nouvelle équipe et conservé, au cœur du processus, des démos nées dans la chambre de Luke Pritchard.

Entre « All the Time », patiemment travaillée, et « No Pressure », captée en deux prises dans un lieu inattendu, l’album s’est aussi construit par contraste. Son anniversaire rappelle aujourd’hui qu’avant sa publication le 31 août 2018, Let’s Go Sunshine fut d’abord un projet que le groupe avait accepté de recommencer.