Royal Blood, Back to the Water Below : le pari de l’autoproduction


01 septembre 2026

Royal Blood publiait Back to the Water Below le 1er septembre 2023. Trois ans après sa sortie, le quatrième album studio du duo britannique fête aujourd’hui son anniversaire. Principalement conçu dans son propre studio à Brighton, le disque prend forme sans producteur extérieur : une décision confortée alors que Mike Kerr et Ben Thatcher en avaient déjà écrit et enregistré près de 70 %.

 

Lorsque Royal Blood commence à façonner Back to the Water Below en 2022, le duo ne semble pas encore avoir arrêté toutes les règles du projet. La question d’un producteur reste ouverte, mais le travail avance déjà entre Retreat Recording, son home studio de Brighton, et les RAK Studios de Londres. Mike Kerr et Ben Thatcher composent, jouent et enregistrent jusqu’à atteindre un point décisif : environ 70 % du disque est terminé avant même qu’ils ne réfléchissent sérieusement à faire entrer un producteur dans l’équation.

Un album presque achevé avant le choix du producteur

Cette avance change la nature de la décision. Il ne s’agit plus de se demander qui pourrait conduire les séances depuis leur commencement, mais si une intervention extérieure est encore nécessaire. Le duo choisit finalement de conserver la production de son quatrième album et de mener seul cette étape, contrairement à ses précédents disques, qui avaient bénéficié de contributions de producteurs.

Ce choix ne relève donc pas seulement d’une déclaration d’indépendance formulée en amont. Il découle aussi d’un travail déjà largement accompli. Mike Kerr résume ainsi ce que cette méthode a provoqué : « Le fait de l’autoproduire nous a forcés à faire ce qui nous venait naturellement. » Sans producteur extérieur pour orienter les morceaux vers un territoire particulier, Royal Blood décide de suivre ses premières impulsions.

Le chanteur et bassiste rapproche cette manière de travailler d’un principe attribué à Jack White : il lui aurait fallu trente ans pour comprendre que la première idée jouée en studio est souvent la bonne. Sur Back to the Water Below, Kerr et Thatcher disent précisément s’être davantage fiés à ces premiers instincts. Le studio devient moins le lieu où une idée doit être longuement corrigée que celui où il faut savoir reconnaître ce qui fonctionne dès son apparition.

Brighton au centre de Back to the Water Below

Le cadre de Retreat Recording donne au duo un espace qui lui appartient pour conduire l’essentiel des séances. L’album est principalement enregistré dans ce home studio de Brighton, tout en passant également par RAK Studios à Londres. Ces deux lieux accompagnent un disque sur lequel Royal Blood cherche à élargir une formule jusque-là associée à son dispositif basse-batterie.

Back to the Water Below succède à Typhoons, paru en 2021, après Royal Blood en 2014 et How Did We Get So Dark? en 2017. Pour ce quatrième chapitre, l’autoproduction permet au groupe de ne pas enfermer les dix nouvelles chansons dans une seule méthode. Mike Kerr constate alors que « la palette était bien plus large cette fois-ci », tandis que Ben Thatcher compare la succession de climats du disque à une « montagne russe ».

Autoproduire ne signifie pourtant pas travailler sans aucun collaborateur. Une fois l’enregistrement conduit par le duo, Mark « Spike » Stent prend en charge le mixage, assisté par Matt Wolach, et Matt Cotton assure la masterisation. Royal Blood garde ainsi la maîtrise de la fabrication tout en confiant la finalisation du son à des intervenants ciblés.

« Pull Me Through », une chanson menée par les mots

L’élargissement recherché se lit particulièrement dans la naissance de « Pull Me Through ». Chez Royal Blood, le point de départ attendu aurait pu être un riff de basse. Cette fois, le groupe présente au contraire le morceau comme une chanson guidée en priorité par les paroles et la mélodie. Le texte n’est plus posé sur une architecture déjà déterminée : il devient l’un de ses principaux moteurs.

Mike Kerr y aborde le moment où persévérer seul ne suffit plus. La chanson parle de la difficulté à demander de l’aide et de la force qui peut apparaître lorsque ce pas est franchi. Cette vulnérabilité place « Pull Me Through » dans la logique d’un album qui refuse de répéter automatiquement les procédés déjà employés par le duo.

Le morceau joue également un rôle important dans la préparation de la sortie. Dévoilé en juillet 2023, il succède à « Mountains at Midnight », présenté au mois de mai comme le premier extrait et comme la porte d’entrée publique vers le nouveau projet. Deux chansons, deux façons d’annoncer un disque dont les auteurs revendiquent justement la variété.

Des cordes pour refermer le disque

Le dernier morceau pousse cette ouverture jusque dans les arrangements. Royal Blood y fait intervenir Tom Hobden au violon et à la viola, ainsi qu’Ian Burdge au violoncelle. L’arrivée de ce petit ensemble de cordes constitue une collaboration précise et circonscrite, plutôt qu’un abandon du principe d’autoproduction.

Ce choix résume la méthode adoptée pendant les séances : Mike Kerr et Ben Thatcher restent au centre du processus, mais sollicitent d’autres musiciens lorsque la chanson l’exige. Après un album largement construit dans leur propre studio et suivant leurs premiers réflexes, cette conclusion orchestrée montre jusqu’où pouvait aller la palette plus large évoquée par Kerr.

Une date de sortie avancée d’une semaine

La publication de Back to the Water Below connaît elle aussi un ajustement. Lors de l’annonce du projet au printemps 2023, Warner Records fixe d’abord sa sortie au 8 septembre. Pendant la promotion de « Pull Me Through », le calendrier change : l’album est avancé d’une semaine et paraît finalement le 1er septembre 2023, date internationale qui sert aujourd’hui de référence à son troisième anniversaire.

La sortie se décline aussi sous une forme destinée aux collectionneurs. Blood Records propose en précommande un picture disc « jelly-fish zoetrope », numéroté et limité à 4 000 exemplaires. Sa mise en vente est calée sur le même 1er septembre, donnant une matérialité particulière à une campagne jusque-là rythmée par les deux singles.

Trois ans plus tard, Back to the Water Below reste identifié dans la discographie de Royal Blood comme le disque sur lequel le duo a entièrement pris en charge sa production. « Pull Me Through » continue par ailleurs d’être mise en avant dans des playlists et sur des radios rock, prolongeant la visibilité de l’une des chansons qui expriment le plus clairement ce changement de méthode.

L’histoire de l’album tient finalement dans le moment où Royal Blood comprend qu’il est déjà trop avancé pour avoir besoin d’un pilote supplémentaire. De Brighton aux interventions finales sur le mixage et les cordes, le projet se construit autour d’une autonomie qui n’exclut pas les collaborations ponctuelles. Son troisième anniversaire rappelle ainsi comment un disque presque produit avant d’avoir choisi son producteur est devenu l’occasion, pour Mike Kerr et Ben Thatcher, de suivre plus directement leurs propres réflexes.