04 septembre 2026
Né le 4 septembre 1951 à Hereford, en Angleterre, Martin Chambers fête aujourd’hui ses 75 ans. Batteur fondateur des Pretenders, il a construit son jeu sans formation académique, accompagné la naissance du groupe, puis connu l’épreuve d’un licenciement avant de retrouver durablement la scène avec Chrissie Hynde. Un parcours où l’instinct, les ruptures et la fidélité comptent davantage que la démonstration technique.
Avant de tenir la batterie des Pretenders, Martin Chambers avait déjà trouvé sa méthode : frapper le bras d’un fauteuil avec des aiguilles à tricoter pendant que tournaient les disques des Shadows. Cette scène de son enfance à Hereford contient une bonne partie de son histoire. Le musicien s’est formé en jouant, en écoutant et en cherchant le rythme avec les moyens disponibles, bien avant de posséder son propre instrument.
Un fauteuil pour première batterie
Chambers ne présente pas cet apprentissage domestique comme le début d’une formation méthodique. Il raconte plutôt des heures passées à accompagner les disques, au grand désespoir de ses parents, rendus fous par le bruit. Des décennies plus tard, il résumera son rapport à l’instrument avec une formule révélatrice : « Je n’ai jamais vraiment appris à jouer de la batterie, je savais surtout comment faire du bruit. »
Le passage à la scène ne s’effectue pas dans des conditions beaucoup plus conventionnelles. Pour son premier concert rémunéré, à la fin des années 1960, il ne possède toujours pas de batterie. Terry « Buffin » Griffin, batteur de Mott the Hoople, lui en prête une pour un bal organisé à St Mary’s Church Hall. La première prestation payée de Chambers se déroule donc dans une salle paroissiale, sur le matériel d’un autre musicien.
Installé un temps à Ross-on-Wye après avoir grandi à Hereford, le jeune batteur organise également son travail autour de la musique. Il devient moniteur d’auto-école parce que cet emploi lui permet de disposer d’une voiture et de retourner jouer à Hereford le week-end. Ce choix pragmatique dit déjà sa manière d’avancer : résoudre les problèmes matériels pour rester au contact des groupes et des concerts.
James Honeyman-Scott, le lien décisif
Le réseau musical de Hereford joue ensuite un rôle central. Au milieu des années 1970, Martin Chambers rejoint Cheeks, formation menée par Verden Allen, ancien clavier de Mott the Hoople. Il y joue avec James Honeyman-Scott. Cette collaboration prépare directement la configuration qui donnera naissance aux Pretenders en 1978.
Lorsque le groupe se forme autour de Chrissie Hynde, Chambers retrouve Honeyman-Scott et rejoint Pete Farndon. Le batteur n’arrive donc pas auprès d’inconnus : il possède déjà une expérience commune avec le guitariste. Derrière la création des Pretenders apparaît ainsi tout un circuit local, reliant Hereford à plusieurs musiciens passés par l’entourage de Mott the Hoople.
Cette proximité antérieure contribue à comprendre la place de Chambers dans la formation originale. Il n’est pas seulement recruté pour tenir le tempo. Membre fondateur, choriste et percussionniste, il apporte une approche directe dont la simplicité et la puissance deviennent des composantes importantes des premiers enregistrements du groupe.
« Brass in Pocket », ou l’efficacité sans démonstration
« Brass in Pocket » illustre particulièrement cette conception de la batterie. Le jeu de Chambers y est décrit comme simple et ferme : il laisse de l’espace à la voix de Chrissie Hynde tout en installant la dynamique du morceau. L’efficacité repose moins sur l’accumulation technique que sur la capacité à fixer le mouvement de la chanson.
Le contraste est net avec le discours que le musicien tient sur lui-même. Chambers affirme n’avoir jamais été véritablement formé et avoir longtemps considéré que la batterie n’exigeait pas une grande technicité académique. Pourtant, son travail sur les premiers singles contribue à faire reconnaître un batteur capable de soutenir l’énergie des Pretenders sans surcharger leurs morceaux.
Sa contribution dépasse d’ailleurs ponctuellement les fûts et les chœurs. Avec « Fast or Slow (The Law’s the Law) », Martin Chambers signe le texte et la musique, puis assure le chant principal. Publié en face B des singles « 2000 Miles » et « Show Me », le titre demeure en marge des morceaux les plus exposés du groupe, mais révèle un musicien susceptible de passer brièvement au premier plan.
« Back on the Chain Gang » après la perte de Honeyman-Scott
Le début des années 1980 bouleverse la formation. James Honeyman-Scott meurt, puis Pete Farndon disparaît à son tour un an plus tard. Pour Chambers, il ne s’agit pas seulement d’une modification d’effectif : Honeyman-Scott était un partenaire connu avant même la création des Pretenders, tandis que Farndon appartenait lui aussi au noyau fondateur.
Enregistré après la mort de Honeyman-Scott, « Back on the Chain Gang » porte la trace de cette période. Le morceau est régulièrement présenté comme une réponse musicale aux pertes subies par le groupe. La section rythmique conduite par Chambers participe à son caractère à la fois énergique et mélancolique, reliant la nouvelle configuration des Pretenders à l’histoire de leur formation initiale.
Le groupe poursuit sa route, notamment avec Learning to Crawl, mais l’équilibre a changé. Chrissie Hynde et Martin Chambers sont désormais les deux survivants de la formation originale. Cette continuité ne protège pourtant pas le batteur de la rupture qui se prépare pendant les sessions suivantes.
Le licenciement pendant Get Close
Au milieu des années 1980, durant la préparation de Get Close, Chrissie Hynde estime que le jeu de Chambers n’est plus adapté. Le cofondateur se retrouve écarté du groupe après les décès de ses deux anciens partenaires. Revenant plus tard sur cet épisode, il en donne une lecture sans détour : « Chrissie voulait me virer et prendre les commandes, c’est aussi simple que ça. »
Le licenciement ouvre une longue parenthèse dans sa relation avec les Pretenders. Il montre aussi la nature particulière de ce groupe : né d’un collectif précis, il peut être profondément reconfiguré autour de Hynde. Chambers, pourtant associé à ses premiers succès et à son identité rythmique, n’y dispose d’aucune place garantie.
Le retour de Martin Chambers en 1994
L’histoire ne s’arrête pas à cette éviction. En 1994, Chambers réintègre les Pretenders pendant l’enregistrement de Last of the Independents. Cette période voit « I’ll Stand by You » redonner de la visibilité au groupe. Le batteur retrouve alors le projet qu’il avait contribué à créer seize ans plus tôt, dans un rôle qui devient progressivement plus régulier sur scène qu’en studio.
Cette distinction est importante : Chambers n’est plus systématiquement crédité sur les albums récents, mais demeure un batteur de concert des Pretenders. Au cours des années 2010, il participe notamment à une tournée nord-américaine de trois mois en première partie de Stevie Nicks. Il présente alors le groupe avant tout comme un projet tourné vers les performances live plutôt que vers la production discographique.
Des aiguilles à tricoter de Hereford aux grandes tournées, le même principe semble traverser son parcours : la batterie s’éprouve dans l’action. Ses premiers cachets acceptés sans posséder d’instrument, son jeu volontairement direct sur « Brass in Pocket », puis son retour après plusieurs années d’absence racontent une trajectoire fondée sur la pratique plus que sur le statut.
À 75 ans, Martin Chambers reste indissociable de cette histoire faite d’apprentissage intuitif, de pertes, d’exclusion et de retrouvailles professionnelles. Sa place dans les Pretenders n’a jamais été parfaitement linéaire. C’est précisément cette succession de ruptures et de retours qui permet de mesurer ce qu’il apporte au groupe : une manière de jouer sans détour et une présence scénique retrouvée après avoir été brutalement interrompue.