06 septembre 2026
Sorti le 6 septembre 2019, Free, le dix-huitième album studio d’Iggy Pop, fête aujourd’hui ses 7 ans. Après la tournée éprouvante de Post Pop Depression, le chanteur cherche moins à prolonger cette trajectoire rock qu’à retrouver une liberté créative. Avec Leron Thomas et Noveller, il construit alors un disque collaboratif où sa voix se met aussi au service des textes de Lou Reed et Dylan Thomas.
À l’été 2019, lorsqu’Iggy Pop présente Free, le titre tient presque lieu de programme. Trois années se sont écoulées depuis Post Pop Depression, accompagnées de nombreux concerts. Au terme de cette période intense, le chanteur évoque sa fatigue et résume le moteur du nouveau projet en cinq mots : « Je voulais me sentir libre. »
Cette liberté ne consiste pas simplement à changer de registre. Elle passe aussi par une modification de sa place au centre du disque. Plutôt que de prolonger son image habituelle de frontman, Iggy Pop laisse davantage d’espace aux musiciens, aux compositeurs et même aux auteurs dont il reprend les mots. Free naît ainsi d’un mouvement de retrait relatif : sa voix reste centrale, mais le projet se construit largement à travers les idées des autres.
Après Post Pop Depression, refuser de prolonger la même voie
Le contexte donne une signification particulière à cette décision. Free paraît cinquante ans après le premier album des Stooges, un rapprochement relevé par plusieurs commentateurs lors de sa sortie. Pourtant, le disque de 2019 ne cherche pas à reproduire l’énergie associée à ces débuts ni à poursuivre mécaniquement l’élan de Post Pop Depression.
Iggy Pop arrive au projet avec un sentiment de saturation lié à la tournée précédente. Son désir de liberté oriente donc moins un retour qu’un déplacement. Le chanteur accepte de ne plus être l’unique force motrice d’un album portant pourtant son nom. Il le formule explicitement au moment de sa publication : « C’est un album dans lequel d’autres artistes parlent pour moi. »
Cette phrase décrit à la fois la méthode et le résultat. Sur Free, la collaboration ne se limite pas à quelques participations ajoutées autour de chansons déjà constituées. Elle devient la charpente même du disque.
Leron Thomas et Noveller au cœur de Free
Deux partenaires occupent une place déterminante dans cette construction. Le trompettiste et compositeur Leron Thomas est crédité sur la majorité des titres. À ses côtés, la guitariste expérimentale Noveller signe la pièce d’ouverture et participe à plusieurs compositions aux textures atmosphériques.
Leur présence permet à Iggy Pop d’endosser différents rôles : coauteur sur certains morceaux, interprète sur d’autres, récitant lorsqu’un texte extérieur devient le centre de la chanson. Ce partage des responsabilités correspond directement au besoin exprimé après la tournée de Post Pop Depression. Au lieu de porter seul le disque, il s’inscrit dans un noyau créatif où Leron Thomas et Noveller disposent d’une réelle place d’écriture.
Le morceau-titre donne immédiatement la mesure de ce choix. Courte, essentiellement instrumentale et écrite par Iggy Pop avec Noveller, la chanson « Free » ouvre l’album comme une vignette flottante plutôt que comme une entrée rock traditionnelle. Avant même que la voix prenne durablement possession du disque, l’espace est laissé à l’atmosphère et au travail de la guitariste.
« Loves Missing », un récit plutôt qu’un single rock classique
Avec « Loves Missing », la collaboration entre Iggy Pop et Leron Thomas prend une forme plus narrative. Tous deux cosignent le morceau, construit comme un récit quasi parlé sur une trame lente et tendue. Le mélange de jazz, de rock et de spoken word illustre l’une des directions principales de Free : la chanson n’est plus nécessairement organisée autour des réflexes d’un single rock classique.
Cette place accordée à la parole rapproche le disque d’une lecture mise en musique. La voix d’Iggy Pop ne disparaît évidemment pas ; elle change de fonction. Elle raconte, récite et se glisse dans des structures conçues avec ses collaborateurs, plutôt que de toujours dominer un accompagnement placé derrière elle.
La critique spécialisée soulignera précisément ce caractère contemplatif et expérimental, ainsi que l’importance du spoken word et des textures atmosphériques. Cette réception correspond au projet annoncé dès le départ : un album pensé comme une échappée après une période de tournée exigeante, et non comme une répétition de la formule précédente.
Lou Reed et Dylan Thomas prêtent leurs mots à Iggy Pop
Le principe selon lequel d’autres artistes « parlent » pour Iggy Pop devient littéral sur deux morceaux. « We Are the People » reprend un poème de Lou Reed, interprété par le chanteur sur une musique de Leron Thomas. Ici, l’écriture rock conventionnelle cède la place à une lecture musicale : le texte préexiste, tandis que la composition et l’interprétation lui donnent un nouveau cadre.
« Do Not Go Gentle into That Good Night » repose sur un dispositif comparable. Iggy Pop y récite le poème de Dylan Thomas sur une composition de Noveller. Après avoir ouvert l’album avec lui sur « Free », la guitariste accompagne ainsi une autre facette de son retrait créatif : il ne signe pas les mots, mais devient leur voix.
Ces deux pièces prolongent la dimension littéraire du disque sans constituer de simples parenthèses. Elles donnent une forme concrète à la liberté recherchée. Sur un album solo, Iggy Pop accepte que l’identité du projet résulte aussi d’un poème de Lou Reed, d’un texte de Dylan Thomas, d’une musique de Leron Thomas ou d’une composition de Noveller.
Trois morceaux dévoilés avant le 6 septembre 2019
La sortie de Free est préparée progressivement pendant l’été 2019. Le morceau-titre est dévoilé en premier, suivi de « James Bond » puis de « Sonali ». Cette succession de singles permet de présenter plusieurs visages du projet avant sa publication complète par Loma Vista Recordings et Caroline International, sous licence de Thousand Mile Inc.
La date principale retenue est le 6 septembre 2019, notamment pour la France et dans le cadre de la sortie internationale. Certains documents promotionnels ont toutefois mentionné le 13 septembre, créant un décalage d’une semaine dans quelques références discographiques. Cette indication secondaire ne remet pas en cause la date du 6 septembre généralement associée à l’album.
Dans les mois qui suivent, Free entre notamment dans le top 100 britannique et apparaît dans plusieurs classements spécialisés, avec des résultats mesurés. Sa présentation se poursuit également après sa parution : une séance d’écoute exclusive lui est consacrée à New York en mars 2020, dans un cadre intimiste.
Sept ans après, un disque construit par l’effacement
Le parcours de Free raconte finalement moins une rupture spectaculaire qu’un changement de méthode. Fatigué après la séquence de Post Pop Depression, Iggy Pop ne cherche pas à occuper davantage l’espace. Il choisit au contraire de le partager, jusqu’à confier une partie des mots, des compositions et de l’architecture du disque à ses partenaires.
Sept ans après sa sortie, l’album permet ainsi de mesurer ce que recouvrait son titre. La liberté revendiquée par Iggy Pop passait par Leron Thomas, Noveller, Lou Reed et Dylan Thomas, mais aussi par une voix moins exclusivement frontale, capable de devenir récit ou récitation. Free apparaît alors comme le résultat précis de cette décision : se placer autrement au centre de son propre album.