Dirty Deeds Done Dirt Cheap a 50 ans : l’album d’AC/DC que l’Amérique avait refusé


20 septembre 2026

AC/DC célèbre aujourd’hui les 50 ans de Dirty Deeds Done Dirt Cheap, un disque façonné à Sydney autour de Bon Scott et des frères Young. Déjà solidement installé en Australie, le groupe allait pourtant attendre cinq ans avant de voir cet album jugé trop brut paraître aux États-Unis.

Lorsqu’AC/DC publie Dirty Deeds Done Dirt Cheap en Australie, le groupe ne part pas de zéro. High Voltage et T.N.T., tous deux parus en 1975, l’ont déjà imposé parmi les formations majeures de la scène hard rock de Sydney. Le nouvel album doit prolonger cette montée en puissance tout en accompagnant son passage vers le marché international. Mais son histoire prendra une direction inattendue : accepté en Europe, il restera pendant plusieurs années à la porte des États-Unis.

À Sydney, un groupe lancé à pleine vitesse

Entre janvier et juillet 1976, AC/DC travaille dans les studios Albert de Sydney avec Harry Vanda et George Young à la production. La formation réunit alors Bon Scott au chant, Angus et Malcolm Young aux guitares, Mark Evans à la basse et Phil Rudd à la batterie. Ce noyau enregistre un disque brut, sec et direct, porté par la production minimaliste de Vanda et Young.

Cette approche tranche avec une partie du rock FM international alors dominé par des artistes comme Peter Frampton et Fleetwood Mac. Là où le marché américain privilégie des productions plus polies, AC/DC avance avec des guitares sans apprêt et la voix de Bon Scott au premier plan. Cette différence ne constitue pas seulement une caractéristique musicale : elle pèsera directement sur la trajectoire commerciale de l’album.

Les séances donnent aussi naissance à deux configurations du disque. La version australienne et l’édition internationale ne proposent pas exactement la même sélection : Love at First Feel et Rocker rejoignent notamment la version destinée à l’export, tandis que R.I.P. (Rock in Peace) reste associé à l’édition australienne. AC/DC franchit ainsi les frontières avec un album partiellement remanié, sans renoncer à l’identité forgée à Sydney.

Un dessin animé derrière le titre

L’expression Dirty Deeds Done Dirt Cheap vient d’un gag récurrent du dessin animé américain Beany and Cecil. Une entreprise fictive y propose d’accomplir de « sales besognes à bas prix ». Transformée en titre d’album et de chanson, la formule correspond à l’humour noir et aux clins d’œil cultivés par Bon Scott et les frères Young.

Le même goût pour le détournement traverse Big Balls. La chanson repose sur un double sens grivois dissimulé derrière un faux décorum victorien. Bon Scott y exploite le décalage entre une apparente respectabilité et l’allusion sexuelle, dans un registre souvent associé à cette période du groupe. Le morceau accompagnera également certains pressages du titre Dirty Deeds Done Dirt Cheap en face B.

Au milieu de cette provocation, Ride On crée un contraste net. Cette ballade blues lente adopte un ton sombre et introspectif, loin des thèmes bravaches et des riffs rapides qui dominent l’album. Bon Scott y livre l’une de ses interprétations les plus fatalistes, tandis que le texte évoque une fuite devant ses propres démons. Le morceau n’a pas été un single majeur, mais il est devenu l’un des titres particulièrement distingués de la période Bon Scott. L’album, également diffusé sur RADIO COLLECTION, montre ainsi un visage plus large que ne le suggère sa seule réputation de disque rugueux.

L’album qu’Atlantic ne voulait pas sortir en Amérique

La rudesse de Dirty Deeds Done Dirt Cheap finit précisément par inquiéter Atlantic Records. La maison de disques refuse initialement de le publier aux États-Unis, considérant ses vocaux et sa production comme trop bruts pour les attentes du marché américain. Alors que l’album poursuit sa trajectoire internationale à la fin de 1976, le public des États-Unis ne peut se le procurer que comme import. Le disque devient ainsi une pièce absente de la discographie officielle d’AC/DC sur le plus grand marché du rock.

La situation ne se débloque qu’en 1981, dans des circonstances profondément différentes. Bon Scott est mort et Back in Black a rencontré un succès mondial. L’intérêt suscité par le catalogue enregistré avec l’ancien chanteur conduit finalement à la publication américaine de Dirty Deeds Done Dirt Cheap, cinq ans après sa naissance australienne.

Ce retard donne au disque une trajectoire singulière. En Australie, il avait consolidé la place nationale d’un groupe déjà en pleine ascension. Aux États-Unis, il apparaît après l’album qui a installé AC/DC à l’échelle mondiale, comme le retour tardif d’une formation et d’un chanteur que le public américain découvre alors rétrospectivement. Le projet autrefois considéré comme inadapté au marché profite désormais de l’attention portée à l’ère Bon Scott.

Cinquante ans après sa première parution, Dirty Deeds Done Dirt Cheap conserve les traces de ce parcours contrarié : un enregistrement mené à Sydney, deux configurations selon les marchés et une attente américaine de cinq années. Son histoire se résume dans ce paradoxe concret : le dessin animé qui avait fourni son titre venait des États-Unis, mais l’album lui-même y fut longtemps refusé.

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