12 octobre 2026
Fleetwood Mac célèbre aujourd’hui les 47 ans de Tusk, le double album avec lequel le groupe choisit de ne pas reproduire la formule de Rumours. Expérimentations de Lindsey Buckingham, maquette de seize minutes pour Sara et fanfare enregistrée à Dodger Stadium : cette liberté créative a donné naissance à un disque aussi ambitieux que risqué.
En juin 1979, Fleetwood Mac ne se trouve pas dans un studio ordinaire, mais à Dodger Stadium. Face au groupe, 112 musiciens de la Trojan Marching Band de l’université de Californie du Sud participent à l’enregistrement de Tusk. Cette scène spectaculaire résume l’élan du disque : après le succès massif de Rumours, Fleetwood Mac dispose d’une liberté exceptionnelle et choisit de l’employer pour avancer vers l’inconnu plutôt que pour fabriquer une suite rassurante.
Publié le 12 octobre 1979 aux États-Unis, Tusk est le douzième album studio de Fleetwood Mac. C’est aussi un double album dont la production aurait coûté environ 1,4 million de dollars, une somme considérable engagée dans un projet qui s’éloigne volontairement de son prédécesseur. Le groupe explore une direction plus expérimentale, intégrant notamment des textures proches du punk et de la new wave.
Après Rumours, le choix du laboratoire
Au cœur de cette bifurcation se trouve Lindsey Buckingham. Pendant les séances, le musicien multiplie les méthodes inhabituelles : distorsions délibérées, bandes ralenties ou accélérées, micro placé au sol et percussions improvisées. L’enregistrement devient un terrain d’essai où les accidents, les détournements techniques et les changements de vitesse participent directement à la construction des morceaux.
Cette démarche distingue immédiatement Tusk d’une simple répétition de Rumours. Fleetwood Mac, Ken Caillat et Richard Dashut partagent la production, tandis qu’une partie du travail se déroule au Studio D de The Village Recorder. Mais l’unité du disque ne repose pas sur une recette unique : elle vient plutôt de l’espace laissé aux différentes écritures et aux expériences conduites pendant les séances.
Ce parti pris expose inévitablement le groupe à la comparaison avec son précédent succès. Tusk se vendra à plus de quatre millions d’exemplaires et atteindra la première place du classement britannique ainsi que la quatrième aux États-Unis. Des résultats importants, mais jugés décevants au regard des ventes de Rumours. Le coût du projet et cet écart commercial ont ainsi durablement accompagné le récit de l’album, parfois au risque de faire oublier l’audace de sa fabrication.
Une fanfare de 112 musiciens entre dans Tusk
L’idée la plus spectaculaire vient de Mick Fleetwood. Lors d’un séjour en France, le batteur entend une fanfare locale et imagine d’intégrer ce type de formation au morceau-titre. Le projet conduit Fleetwood Mac jusqu’à la Trojan Marching Band de l’USC, puis à Dodger Stadium, où les 112 musiciens sont enregistrés en direct.
Ce déplacement hors du studio transforme une intuition en événement collectif. La fanfare ne sert pas seulement d’ornement ajouté après coup : elle devient l’un des éléments immédiatement associés à la chanson et à l’histoire de l’album. Sorti en single, Tusk atteindra la sixième place au Royaume-Uni.
L’épisode illustre aussi l’échelle prise par le projet. Fleetwood Mac pouvait se contenter des moyens habituels d’un groupe installé au sommet ; il choisit au contraire de mobiliser une formation universitaire entière et un stade pour concrétiser une idée née loin de Los Angeles. Cette combinaison de démesure logistique et de recherche sonore donne à Tusk l’une de ses images les plus fortes.
Sara, seize minutes de matière intime
L’autre transformation majeure du disque se joue dans la durée. La version de travail de Sara, composée par Stevie Nicks, atteignait environ seize minutes. « The original Sara was 16 minutes long », a-t-elle expliqué. Plusieurs montages successifs ont été nécessaires avant d’aboutir à la version de l’album, ramenée à un peu plus de six minutes.
La chanson mêle plusieurs éléments de la vie personnelle de Nicks. Elle renvoie notamment à son amie Sara Recor, devenue la compagne puis l’épouse de Mick Fleetwood, mais aussi à la relation de la chanteuse avec Fleetwood et à d’autres épisodes de sa vie affective. Le montage ne consiste donc pas seulement à raccourcir une longue maquette : il concentre un récit composé de plusieurs histoires entremêlées.
Un autre lien avec l’histoire de Fleetwood Mac apparaît sur Brown Eyes. Peter Green, cofondateur et ancien guitariste du groupe, y intervient brièvement. Sa contribution sera développée dans une version publiée ultérieurement en réédition. Au milieu d’un album tourné vers l’expérimentation, cette présence discrète relie ainsi le Fleetwood Mac de Tusk à l’une de ses figures fondatrices.
Un risque devenu indissociable de l’album
Quarante-sept ans après sa sortie, Tusk reste attaché à une décision simple et lourde de conséquences : ne pas refaire Rumours. Le budget, les techniques de Lindsey Buckingham, les seize minutes initiales de Sara et la fanfare réunie dans un stade racontent tous la même volonté de pousser la liberté acquise jusqu’à ses limites.
Le disque et Fleetwood Mac figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Son histoire ne se réduit ni à son coût ni à la comparaison commerciale avec son prédécesseur : elle tient surtout à ces choix concrets, du micro posé au sol aux 112 musiciens installés à Dodger Stadium.
Sources et pour aller plus loin
Rolling Stone Australia revient en détail sur les expérimentations menées pendant les séances, la longue version originale de Sara, la participation de Peter Green et l’enregistrement de la fanfare. L’entretien publié par MusicRadar apporte le regard de Lindsey Buckingham sur l’orientation expérimentale du disque et les conséquences de sa comparaison avec Rumours.
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