43 ans après Shabooh Shoobah, l’accident de mixage qui a transformé Don’t Change d’INXS


13 octobre 2026

Avec Shabooh Shoobah, INXS trouve en Mark Opitz le producteur capable de restituer en studio la force du groupe sur scène. Quarante-trois ans après sa sortie, les séances racontent aussi la naissance accidentelle des chœurs de « Don’t Change » et les progrès d’un Michael Hutchence encore nerveux devant le micro.

Au moment de mixer « Don’t Change », Mark Opitz entend quelque chose qui n’a pas été écrit comme une partie distincte. La combinaison des claviers, des guitares, de la basse et de la batterie produit une distorsion harmonique dans laquelle le producteur perçoit une mélodie supplémentaire. Plutôt que de corriger cet accident, il décide de s’en servir. Il demande alors à Kirk Pengilly d’ajouter les chœurs « Don’t change – for me », donnant à ce phénomène sonore inattendu une place dans la chanson.

Cette scène résume le travail accompli sur Shabooh Shoobah, troisième album studio d’INXS. Mark Opitz ne se contente pas d’enregistrer les six musiciens : il écoute ce que leur jeu collectif fait apparaître et transforme ces trouvailles en choix de production. Le disque, paru en 1982, devient le premier album du groupe diffusé mondialement et ouvre la voie à sa percée internationale.

Faire enfin sonner INXS comme sur scène

Avant Shabooh Shoobah, INXS a déjà enregistré deux albums, mais Tim Farriss considère que le passage auprès de Mark Opitz représente un changement décisif. Le guitariste expliquera que le producteur a enfin réussi à faire sonner le groupe en studio comme il sonnait en concert. La différence tient notamment à une batterie mieux définie et à une fusion plus convaincante entre les composantes funk et rock de son jeu collectif.

Ce résultat répond à une difficulté très concrète : l’énergie d’un groupe sur scène ne se transfère pas automatiquement sur bande. Opitz cherche donc moins à empiler des effets qu’à rendre les interactions entre les musiciens plus lisibles. La batterie, les guitares, la basse et les claviers doivent conserver leur impact tout en trouvant chacun leur place. L’accident harmonique repéré dans « Don’t Change » montre précisément l’attention qu’il porte à cet équilibre.

Le producteur intervient également sur l’interprétation de Michael Hutchence. Pour « Don’t Change », il lui fait écouter « Union City Blue » de Blondie et l’invite à chanter à contretemps de la pulsation. Cette référence ne fournit pas une nouvelle composition à INXS : elle sert de guide pour déplacer le phrasé du chanteur et préciser sa manière d’entrer dans le morceau.

« Jan’s Song », cinq prises pour libérer Michael Hutchence

Le travail sur « Jan’s Song » révèle une autre facette des séances. Michael Hutchence est alors encore nerveux en studio. Opitz utilise la chanson comme un exercice destiné à renforcer sa confiance devant le micro. Il lui fait enregistrer cinq prises, puis sélectionne les meilleurs passages de chacune pour construire une voix principale.

Le producteur fait ensuite écouter ce montage à Hutchence comme s’il s’agissait d’une seule performance continue. La méthode permet au chanteur d’entendre ce dont il est déjà capable, sans rester prisonnier des imperfections ressenties pendant chaque prise. Selon le récit d’Opitz, cette démonstration renforce sa confiance vocale. L’épisode montre que la production de l’album repose aussi sur une forme de pédagogie : obtenir une meilleure interprétation en aidant le chanteur à reconnaître ses propres points forts.

Entre l’attention portée au phrasé de « Don’t Change » et le montage vocal de « Jan’s Song », Opitz accompagne donc Hutchence de deux manières différentes. Dans un cas, il lui propose une référence extérieure pour modifier son placement. Dans l’autre, il utilise les prises déjà enregistrées afin de lui faire entendre une performance qu’il pouvait atteindre. Ces décisions donnent un visage très concret au saut réalisé entre les premiers disques d’INXS et ce troisième album.

Une onomatopée devient le nom du disque

Le titre Shabooh Shoobah est lui aussi né dans le studio. Il vient d’une onomatopée fredonnée par Michael Hutchence pour reproduire un rythme de « Spy of Love ». Ces syllabes, détachées de toute formule discographique conventionnelle, finissent par donner leur nom à l’ensemble de l’album. Le choix conserve ainsi la trace d’un geste de travail : une pulsation chantée avant de devenir un titre.

Le disque trouve rapidement un public en Australie, où il atteint la cinquième place du classement des albums et y reste 94 semaines. Mais son importance dans la trajectoire d’INXS dépasse ce résultat national. Porté notamment par « The One Thing » et « Don’t Change », il constitue la première percée internationale du groupe, qui part ensuite tourner aux États-Unis en 1983.

Shabooh Shoobah fait également partie des albums diffusés sur RADIO COLLECTION. Son histoire tient moins à une rupture spectaculaire qu’à une série de décisions précises : un producteur qui restitue mieux la présence scénique du groupe, une distorsion conservée parce qu’elle révèle une mélodie, une référence à Blondie utilisée pour déplacer un phrasé et cinq prises assemblées pour donner confiance à un chanteur.

Le disque qui prépare le passage à l’international

La trajectoire de l’album confirme l’efficacité de ce travail. INXS ne change ni de chanteur ni de formation pour franchir cette étape : le groupe apprend à traduire plus fidèlement en studio ce qu’il sait déjà produire collectivement. Le rôle de Mark Opitz consiste à rendre cette identité plus nette, mais aussi à intervenir au bon moment, qu’il s’agisse de préserver un accident sonore ou d’accompagner Hutchence dans son interprétation.

Quarante-trois ans après sa parution, la scène la plus révélatrice reste donc celle du mixage de « Don’t Change ». Une anomalie aurait pu être effacée. Opitz y entend au contraire une possibilité, puis Kirk Pengilly lui donne une voix. Quelques mots ajoutés à partir d’une distorsion résument alors tout l’enjeu de Shabooh Shoobah : écouter le groupe avec assez de précision pour découvrir, au milieu de son propre son, ce qu’il pouvait devenir.

Sources et pour aller plus loin

L’entretien de Mark Opitz publié par Mess+Noise livre les récits de l’accident harmonique de « Don’t Change », du détour par Blondie et du travail vocal mené sur « Jan’s Song ». L’entretien de Tim Farriss et Kirk Pengilly pour The Music éclaire le changement apporté par Opitz dans la manière d’enregistrer INXS.

La page officielle de Shabooh Shoobah revient notamment sur la place du disque dans la carrière internationale du groupe, son parcours en Australie et l’origine de son titre.

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