Angels & Ghosts | Dave Gahan & Soulsavers | 11 ans | 23 octobre 2015 | Neuf chansons assemblées loin de la pression de Depeche Mode


23 octobre 2026

Dave Gahan & Soulsavers célèbrent aujourd’hui les 11 ans d’Angels & Ghosts, leur deuxième album commun. Conçu à distance puis enrichi par de véritables cordes et cuivres à Los Angeles, le disque s’est construit comme un parcours resserré de neuf chansons, au prix de plusieurs morceaux écartés.

Après The Light the Dead See, paru en 2012, Dave Gahan aurait pu considérer sa collaboration avec Soulsavers comme une expérience isolée. L’écriture s’est pourtant poursuivie. Aux côtés de Rich Machin, le chanteur découvre un espace différent de celui qu’il occupe au sein de Depeche Mode : les rôles y sont moins rigides et la pression moins forte. Il résume cette place particulière par une formule explicite : « For me, the Soulsavers thing is really kind of a life saver. »

Ce sentiment de liberté devient le point de départ d’Angels & Ghosts. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter une parenthèse à la discographie de Gahan, mais de prolonger une relation de travail suffisamment féconde pour produire un second album. Cette fois, la collaboration apparaît plus affirmée, jusque dans le crédit officiel : le disque appartient bien à Dave Gahan & Soulsavers, et non au chanteur seul.

Un album construit à distance

La fabrication d’Angels & Ghosts repose en grande partie sur les home studios des différents collaborateurs. Ce mode de travail à distance n’empêche pas une ambition instrumentale importante. Six des neuf chansons font intervenir des cordes ou des cuivres interprétés par le Hollywood Strings & Horns Ensemble. Ces parties sont enregistrées au Studio 2 de Sunset Sound, à Los Angeles, principal déplacement hors du fonctionnement domestique adopté pour le reste du projet.

Le passage des maquettes aux instruments réels suit une méthode précise. Rich Machin commence par travailler avec des sons d’orchestre programmés. Le compositeur Daniele Luppi reprend ensuite cette matière, la transcrit et l’adapte pour les musiciens. Les cordes et les cuivres ne sont donc pas ajoutés comme un simple habillage final : ils prolongent des idées déjà inscrites dans la construction des morceaux, tout en les transformant par le jeu d’un véritable ensemble.

All of This and Nothing offre l’exemple le plus concret de ce processus. La maquette s’appuie d’abord sur des accords de piano et sur la voix de Gahan. Plutôt que de faire doubler l’harmonie principale par les cordes, Luppi compose une contre-mélodie distincte. L’arrangement crée ainsi sa propre ligne de tension et donne à l’orchestre une fonction active dans la chanson. Derrière l’ampleur du résultat se trouve donc un échange entre programmation, écriture d’arrangement et interprétation en studio.

Neuf titres, et pas un de plus

Gahan et Machin ne cherchent pas à réunir tout ce qu’ils ont enregistré. Ils envisagent le disque comme un ensemble complet de neuf chansons, avec un parcours et une cohérence à préserver. Plusieurs titres initialement considérés sont retirés. Cette sélection ne répond pas à une simple contrainte de durée : elle sert la forme générale de l’album, pensé comme une progression plutôt que comme une accumulation de morceaux.

Le choix marque aussi une évolution par rapport à The Light the Dead See. Gahan décrit les textes du premier album avec Soulsavers comme plus introspectifs. Sur Angels & Ghosts, son regard se tourne davantage vers ce qui l’entoure. Des images et des personnages deviennent des points de départ pour l’écriture, permettant au chanteur de déplacer sa perspective sans abandonner les sujets qui le touchent personnellement.

Ce déplacement accompagne une orientation que la réception critique a située hors de l’électronique lourde, dans un mélange de blues-rock, de gospel et d’americana. Les commentaires ont également relevé une collaboration plus cohérente que sur le premier disque commun. Onze ans après sa parution, Angels & Ghosts figure aussi dans la programmation de RADIO COLLECTION.

La place difficile de Lately

Parmi les neuf chansons conservées, Lately occupe une position particulière pour Dave Gahan. Il la présente comme sa préférée de l’album, mais aussi comme la plus difficile à placer dans la séquence. Cette hésitation montre combien l’ordre des titres comptait dans la conception du disque : même un morceau essentiel aux yeux de son auteur devait trouver sa juste place dans le mouvement d’ensemble.

La chanson naît alors que Gahan se sent particulièrement mal. Son intention n’est pas de demeurer dans cet état ni de s’y complaire, mais de chercher une manière d’en sortir. Lately devient ainsi un geste de déplacement, une chanson écrite depuis un point bas tout en visant une issue. Cette origine personnelle rejoint la fonction que Gahan attribue plus largement à Soulsavers : un cadre où il peut renouveler son écriture et retrouver une forme de liberté.

La genèse de Lately et le travail orchestral d’All of This and Nothing éclairent les deux forces qui structurent l’album. D’un côté, une écriture capable de partir d’une situation intime ; de l’autre, une fabrication collective où une maquette de piano et de voix peut devenir le support d’une contre-mélodie écrite pour un ensemble enregistré à Sunset Sound. Entre ces deux pôles, Gahan et Machin imposent une règle simple : chaque chanson doit servir le parcours du disque.

Une liberté devenue méthode

Angels & Ghosts ne repose donc pas sur une rupture spectaculaire, mais sur la continuité d’une collaboration commencée plusieurs années plus tôt. L’absence de la pression associée à Depeche Mode permet à Gahan de poursuivre l’écriture avec Machin, tandis que le travail entre home studios laisse place, au moment décisif, à des musiciens réunis à Los Angeles. Le projet trouve son équilibre entre distance et jeu collectif, programmation et orchestration réelle.

Le chiffre de neuf chansons résume finalement cette discipline. Certaines idées ont été abandonnées afin que l’album conserve sa trajectoire ; Lately a dû trouver sa position malgré son importance pour Gahan ; les parties orchestrales ont été repensées pour ne pas se limiter à doubler les harmonies. Onze ans plus tard, ce sont ces décisions concrètes qui racontent le mieux la naissance d’Angels & Ghosts.

Sources et pour aller plus loin

L’entretien accordé par Dave Gahan à The Quietus éclaire la sélection des neuf chansons, la construction de leur séquence et l’histoire personnelle de Lately. Son échange avec Pitchfork précise la liberté qu’il trouvait auprès de Soulsavers, en dehors des rôles installés dans Depeche Mode.

Le récit publié par Mixonline détaille la production entre home studios, les séances de Sunset Sound et la transformation de la maquette d’All of This and Nothing par Daniele Luppi.

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