R.E.M. : avec Up, le trio transforme la rupture en laboratoire électronique


27 octobre 2026

R.E.M. célèbre les 28 ans de Up, son premier album enregistré après le départ du batteur Bill Berry. Plutôt que de chercher un remplaçant permanent, le groupe bouleverse ses méthodes et construit un disque où boucles, claviers et objets détournés redéfinissent son travail en studio.

Quand Bill Berry quitte R.E.M., le groupe perd bien davantage qu’un batteur. Membre fondateur, il était l’un des quatre piliers d’une formation restée stable pendant des années. Michael Stipe, Peter Buck et Mike Mills choisissent pourtant de poursuivre l’aventure à trois, sans recruter de successeur permanent. Up, leur onzième album studio, devient le résultat direct de cette nouvelle situation : non pas une tentative pour reproduire l’équilibre précédent, mais une remise à plat de leur manière de créer.

Mike Mills résumera cette attitude en une phrase : « Our feeling was this is a whole new R.E.M. » Une toute nouvelle version du groupe, donc, qui ne cherche pas à dissimuler la rupture. Le départ de Berry ouvre un espace où les claviers, les boucles de batterie et la programmation prennent une importance inhabituelle. Cette transformation n’est pas reléguée à l’arrière-plan : elle apparaît dès les premières minutes du disque.

Airportman place immédiatement l’auditeur en terrain inconnu

R.E.M. décide d’ouvrir Up avec Airportman, un morceau fortement électronique, dépourvu du refrain accrocheur qui aurait pu offrir une entrée plus familière. Ce choix donne immédiatement la mesure du changement. Au lieu de ménager une transition avec les albums précédents, le trio commence par l’un des titres qui affichent le plus clairement sa nouvelle direction.

Le groupe travaille désormais avec Pat McCarthy, qui coproduit l’album avec R.E.M. après la longue collaboration avec Scott Litt. Les séances accueillent également Joey Waronker, Barrett Martin et Scott McCaughey. Leur participation permet au trio d’élargir sa palette instrumentale sans reconstituer artificiellement l’ancien quatuor autour d’un unique nouveau batteur.

À l’exception notamment de Lotus et Daysleeper, plusieurs morceaux naissent de boucles, de démos et de jams en studio. Les sons ne proviennent pas seulement d’instruments conventionnels : un banc de piano et même un emballage de M&M’s sont utilisés pour produire certaines textures. L’anecdote résume la méthode de Up : face à une formation amputée de l’un de ses membres, R.E.M. transforme le studio en terrain d’expérimentation.

Daysleeper, le travail de nuit vu de l’intérieur

Au milieu de cette reconstruction, Daysleeper suit une voie plus directement accessible, sans pour autant constituer un résumé sonore de l’album. Michael Stipe puise son idée dans son intérêt pour les travailleurs de nuit. Il a notamment raconté avoir engagé un gardien chargé de surveiller pendant la nuit les bureaux de R.E.M. à Athens.

La chanson adopte le point de vue d’une personne qui travaille lorsque les autres dorment, puis doit trouver le sommeil en pleine journée. Cette inversion des horaires fournit au morceau son personnage et sa perspective. Devenu un titre classé dans le Top 20 des radios alternatives américaines, Daysleeper offre à l’album l’un de ses points d’entrée les plus identifiables, tout en restant plus conventionnel que plusieurs expériences réunies sur Up.

Le morceau figure, comme l’album, dans la programmation de RADIO COLLECTION. Sa présence ne doit cependant pas masquer le pari d’ensemble : R.E.M. ne s’est pas contenté d’adapter ses chansons à l’absence de Bill Berry, mais a utilisé ce bouleversement pour revoir les fondations mêmes de son travail collectif.

Une déclaration romantique au milieu des machines

At My Most Beautiful apporte un autre contraste. Décrite comme une pièce romantique, la chanson assume un hommage à l’écriture mélodique des Beach Boys. Elle se distingue ainsi des textures électroniques et des constructions plus déroutantes présentes ailleurs sur le disque. Up ne repose donc pas sur une seule formule : les procédés nouveaux y côtoient une écriture mélodique revendiquée, sans annuler la rupture engagée par le trio.

Cette coexistence permet de comprendre pourquoi l’album ne peut être réduit ni à son premier single ni à son expérimentation la plus radicale. Airportman annonce un R.E.M. transformé, Daysleeper développe le portrait précis d’un travailleur nocturne et At My Most Beautiful revendique une filiation pop particulière. Trois chansons, trois façons d’habiter la nouvelle configuration du groupe.

Un pari artistique sans tournée pour le prolonger

Up atteint la troisième place du Billboard 200 aux États-Unis et y obtient une certification or. Mais son audace l’éloigne aussi des grands succès précédents de R.E.M. L’absence de tournée limite en outre son potentiel commercial immédiat : ce disque conçu comme une nouvelle étape ne bénéficie pas d’une longue série de concerts pour installer ses partis pris auprès du public.

Vingt-huit ans plus tard, l’histoire de Up tient d’abord à la réponse apportée par Stipe, Buck et Mills à une rupture majeure. Ils auraient pu chercher à rétablir la formule du quatuor. Ils préfèrent accepter le déséquilibre, inviter d’autres musiciens selon les besoins et laisser les boucles, les claviers, les jams et les objets du studio déplacer leur façon de composer. Le banc de piano et l’emballage de bonbons deviennent alors les détails très concrets d’une décision plus vaste : continuer R.E.M. en refusant de faire comme si rien n’avait changé.

Sources et pour aller plus loin

L’article rétrospectif de l’Associated Press consacré aux 25 ans de Up revient sur le départ de Bill Berry, la transformation du groupe et les propos de Mike Mills. L’entretien contemporain publié par SFGate autour de la sortie de l’album détaille quant à lui le travail avec les boucles, les jams et les objets détournés en studio.

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Fiche de l'album

Album : Up

Artiste : R.E.M.

Anniversaire : 28 ans

Date de sortie : 26 octobre 1998

À retenir : Un emballage de M&M’s a servi à produire des sons